Notes personnelles et résumés de révision, rédigées d’après un cours d’esthétique et philosophie de l’art suivi à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Les erreurs éventuelles sont les miennes.

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résumé

La Renaissance rompt l’assimilation de l’artiste à l’artisan : le peintre devient un savant, dont l’art vient de l’esprit et s’adresse à l’esprit.

  • L’art libéral : Alberti (De pictura, 1435) calque la peinture sur la rhétorique : comme un discours, elle raconte une histoire et doit plaire, instruire et toucher.
  • Le peintre-savant : Il ne copie pas les apparences : par le dessin et la composition, il représente les choses comme elles doivent être (la convenance).
  • Une liberté sous condition : Des Vies de Vasari aux conférences de l’Académie royale, l’idéal du docte peintre s’impose, mais la peinture reste dépendante du verbe jusqu’au 19e siècle.

Résumé du cours « Définir l’art » de Patricia Touboul (JE12PH, Esthétique et philosophie de l’art).

I. La peinture, art libéral sur le modèle de la rhétorique

Passée au rang des arts mécaniques après avoir connu la gloire dans la Grèce classique, la peinture cherche à rejoindre les arts libéraux, où la poésie avait déjà sa place. Se confirme alors une conception intellectualiste : l’art vient de l’esprit et s’adresse à l’esprit.

  • Le peintre-théoricien : Leon Battista Alberti inaugure la tradition du « peintre savant » avec le De pictura (en latin, 1435 ; version italienne, 1436), premier traité qui fait de la peinture un art « de l’esprit ». La formule « cosa mentale », qui résume cette idée, est de Léonard de Vinci.
  • Le parallèle avec la rhétorique : Les arts du langage étant des arts libéraux, Alberti prend modèle sur eux. Son originalité est de rendre ce parallèle systématique, et non plus seulement métaphorique.
  • Les trois buts de l’éloquence : Comme une langue, la peinture raconte, exprime et « moralise » : elle peut, elle aussi, plaire, instruire et toucher.
  • Un enjeu institutionnel : La référence à Alberti, puis à Léonard, Lomazzo et surtout Vasari, sera essentielle au 17e siècle, quand des artistes français créeront une Académie, un siècle après l’Italie (Florence, 1563 ; Rome, 1577), pour exercer leur art en savants et s’affranchir de la corporation, où l’innovation et la singularité n’étaient pas valorisées.

II. Peindre l’histoire : dessin, composition et convenance

Si la peinture est un discours, sa grande affaire est l’histoire : un tableau n’est pas un divertissement, il doit avoir un sens et délivrer un message. C’est un ouvrage de et pour l’esprit.

  • Le dessin contre la couleur : Le disegno est aussi un « dessein » : un projet, une intention rationnelle. Il est privilégié, alors que la couleur plaît aux sens et au sentiment, non à l’intelligence.
  • La composition : Selon Baxandall, la peinture transpose la « période » cicéronienne, phrase longue et complexe mais parfaitement claire. C’est l’agencement du tableau qui le rend intelligible, donc beau : pour Aristote, la beauté est ordre et étendue.
  • Une beauté pour l’esprit : La beauté n’est pas seulement l’agrément de l’œil (venustas), mais celui de l’esprit (pulcher).
  • La convenance : Venue d’Aristote (le vraisemblable), d’Horace et de Quintilien, c’est la conformité à un idéal de vérité : le peintre représente non ce qui est, mais ce qui doit être.
  • Le modèle de Zeuxis : Pour peindre Hélène, Zeuxis compose son image à partir de cinq jeunes filles. À travers les apparences, le peintre vise une vérité générale que seule l’intelligence atteint : il est un savant (géométrie, poésie, observation), non un copiste.
  • L’objectivité : Comme chez Platon, l’artiste cherche l’objectivité des choses. La modernité insistera au contraire sur sa subjectivité : pour Zola, l’art est « un coin de nature vu par un tempérament ».

III. Le génie, entre singularité et mesure

L’image de l’artiste et la valorisation du génie viennent de la Renaissance, comme le montrent les Vies de Vasari (Uccello, Michel-Ange, Léonard de Vinci).

  • Le maniérisme (vers 1520-1580) : Il rejette les critères classiques (symétrie, harmonie) et cultive la maniera, la signature individuelle. En s’écartant de la nature, il touche à l’artifice : c’est un art élitiste, un « style stylé » (Shearman).
  • La mesure : Vasari rejette pourtant les excès et l’excentricité : la démesure est une folie qui nuit à l’image de l’artiste.
  • L’ethos de l’orateur : Comme l’orateur chez Cicéron, l’artiste se distingue par son intégrité morale et son savoir. Grâce à cette image, même les artistes excentriques sont « sauvés » : on y voit des visionnaires.

IV. Le peintre-savant en France : l’Académie royale

Au 17e siècle, les conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture prolongent cet idéal : il s’agit de dire ce qui fait d’un tableau un « objet de pensée ».

  • Poussin, le docte peintre : Il distingue l’« aspect » (voir simplement) du « prospect » (construire la vision). Félibien (Vie de Poussin, 1685) souligne que le bon peintre a une juste idée de la beauté, associée à l’essence des choses.
  • La querelle des chameaux (1668) : Poussin a-t-il eu raison d’omettre les chameaux du récit biblique dans Éliézer et Rébecca ?
    • Le Brun : Poussin respecte les trois règles de la bonne peinture : l’action principale, les groupes de figures (caractère syntaxique) et l’expression des passions (caractère sémantique). Les chameaux auraient diverti le spectateur : le peintre garde une marge d’interprétation, conception plus libérale et plus « moderne ».
    • Champaigne : Proche des jansénistes et fidèle à l’esprit du concile de Trente, il exige la fidélité au récit : sinon, le tableau est un divertissement vain, et ce qui est faux ne peut être beau. Calquée sur l’image christique, l’image picturale a un caractère quasi sacré.

V. Une peinture libérale, mais dépendante du verbe

Malgré leur désaccord, Le Brun et Champaigne s’entendent sur l’essentiel.

  • Une vérité transcendante : Le peintre interprète la vérité (Le Brun) ou la transcrit (Champaigne), mais il ne l’invente pas.
  • Le modèle narratif : La peinture reste soumise au modèle sémantique et narratif. Ce lien à la parole sera rompu au 19e siècle : pour Soulages, la poétique et la « pictique » sont deux univers hétérogènes.
  • Un idéal qui perdure : L’artiste est celui qui « voit » et dévoile le réel pour en montrer la logique, les rapports intrinsèques. Il est comme le philosophe, mais avec des images sensibles au lieu de concepts : à la fois normal, car il pousse ses facultés à leur maximum, ce que chacun devrait faire, et marginal, car personne n’ose le faire.
  • Pourquoi la peinture : Ce sont les peintres qui, en réfléchissant sur leur art, ont nourri la réflexion sur l’art en général : que fait l’artiste ? qu’est-ce qu’une image artistique ?

Canevas

Problématique : En faisant du peintre un savant, la Renaissance libère-t-elle la peinture, ou la soumet-elle à la parole ?

  1. La peinture devient un art de l’esprit
    • Mots-clés : arts libéraux, intellectualisme, rhétorique, plaire, instruire, toucher
    • Auteur : Alberti, De pictura
    • Exemple : les académies, qui affranchissent les peintres de la corporation
    • Transition : Si la peinture est un discours, que doit-elle dire ?
  2. Peindre, c’est composer une histoire
    • Mots-clés : histoire, disegno (dessein), composition, intelligibilité, beauté
    • Auteur : Baxandall, la « période » cicéronienne
    • Exemple : un simple portrait qui fourmille de détails symboliques
    • Transition : Faut-il alors peindre le réel tel qu’il est ?
  3. Le peintre représente ce qui doit être
    • Mots-clés : convenance, vraisemblable, vérité générale, objectivité
    • Auteur : Alberti, contre Zola et le « tempérament »
    • Exemple : Zeuxis composant Hélène à partir de cinq jeunes filles
    • Transition : Cet idéal laisse-t-il une place à la singularité de l’artiste ?
  4. Le génie, singulier mais mesuré
    • Mots-clés : génie, maniera, artifice, mesure, ethos
    • Auteur : Vasari, qui rejette l’excentricité
    • Exemple : le maniérisme, « style stylé » (Shearman)
    • Transition : Quelle liberté le peintre garde-t-il face à son sujet ?
  5. Interpréter ou transcrire la vérité
    • Mots-clés : Académie, action principale, groupes, passions, fidélité, vérité transcendante
    • Auteur : Le Brun contre Champaigne
    • Exemple : la querelle des chameaux, sur Éliézer et Rébecca de Poussin (1668)

Conclusion : La Renaissance arrache la peinture à l’artisanat et fait de l’artiste celui qui dévoile la logique du réel, comme le philosophe. Mais la peinture reste dépendante du verbe, lien que le 19e siècle rompra (Soulages).

Questions et réponses

Celui d’art libéral (intellectuel), pour sortir des arts mécaniques (manuels). La poésie l’avait déjà.
Alberti (De pictura, 1435), sur le modèle de la rhétorique : la peinture devient un art « de l’esprit ». La formule « cosa mentale » est de Léonard de Vinci.
Il est systématique, et non plus seulement métaphorique : la peinture raconte, exprime et « moralise », donc peut plaire, instruire et toucher.
L’histoire : peinture = discours = intelligible. Un tableau n’est pas un divertissement, il doit avoir un sens et délivrer un message.
Le disegno est aussi un « dessein » : un projet, une intention rationnelle. La couleur plaît aux sens, non à l’intelligence.
La « période » cicéronienne : complexe mais claire. L’agencement rend le tableau intelligible, donc beau (Aristote : la beauté est ordre et étendue).
La conformité à un idéal de vérité (le vraisemblable d’Aristote, Horace, Quintilien) : peindre non ce qui est, mais ce qui doit être.
Il compose Hélène à partir de cinq jeunes filles : le peintre vise une vérité générale que seule l’intelligence atteint. Il est savant (géométrie, poésie, observation), non copiste.
La subjectivité moderne : pour Zola, l’art est « un coin de nature vu par un tempérament ».
Un courant (vers 1520-1580) qui rejette les critères classiques et cultive la maniera (signature individuelle) : art de l’artifice, élitiste, « style stylé » (Shearman).
Le génie (Vies d’Uccello, Michel-Ange, Léonard), mais mesuré : il rejette l’excentricité. Comme l’ethos de l’orateur chez Cicéron : intégrité morale et savoir.
« Aspect » (voir simplement) / « prospect » (construire la vision). Félibien : le peintre doit avoir une juste idée de la beauté, liée à l’essence des choses.
1. Montrer l’action principale. 2. Distribuer les figures par groupes (caractère syntaxique). 3. Exprimer les passions (caractère sémantique).
Sur Éliézer et Rébecca de Poussin : Le Brun approuve l’omission des chameaux (marge d’interprétation, conception plus libérale) ; Champaigne exige la fidélité au récit biblique (ce qui est faux ne peut être beau).
Elle reste soumise au verbe (modèle sémantique et narratif), et la vérité reste transcendante : le peintre ne l’invente pas. Le lien sera rompu au 19e siècle (Soulages : poétique / « pictique »).
Celui qui « voit » et dévoile la logique du réel, comme le philosophe avec des images au lieu de concepts. Il est normal (il pousse ses facultés au maximum) et marginal (personne n’ose le faire).