💡 1. Période Égéenne (environ 3000 à 1100 avant notre ère) :
On y observe un contexte antérieur à la naissance de la philosophie dans la Grèce antique. À cette époque, la société grecque était organisée en royaumes étendus, structurés autour d’un pouvoir monarchique centralisé, avec de vastes palais comme centres de commandement.

💡 2. Âge Obscur (1100 – 700 av. J.-C.) :
La civilisation grecque traverse un profond déclin, provoqué par des catastrophes naturelles, des invasions et des migrations. Les Grecs abandonnent alors les grands territoires, se regroupant en communautés plus réduites, ce qui entraîne une perte de leurs contacts culturels et commerciaux.

💡 3. Réactivation (vers le VIIIe siècle av. J.-C.) :
Le commerce est relancé grâce aux échanges avec les Phéniciens, favorisant une reprise économique et démographique. La baisse du coût du fer permet un accès élargi aux armes, ce qui entraîne une répartition plus équitable du pouvoir politique — les bases d’une proto-démocratie se mettent en place.

💡 4. Introduction du nouvel alphabet grec (aux environs du VIIIe siècle av. J.-C.) :
Les Phéniciens transmettent aux Grecs un nouveau système d’écriture, marquant une étape décisive dans l’évolution de la communication écrite. Cet outil jouera un rôle déterminant dans l’émergence de la pensée philosophique.

💡 5. Période archaïque (700 – 500 av. J.-C.) :
C’est dans ce terreau fait de bouleversements politiques, de renouveau économique et de circulation du savoir que va surgir une manière radicalement nouvelle d’interroger le monde : la philosophie. — un moment fondateur de la civilisation grecque. Les débuts de la philosophie et les premiers élans de la physique en Grèce antique constituent une étape capitale dans l’histoire de la pensée humaine.
Les philosophes présocratiques, tels que Thalès de Milet, Anaximandre ou Héraclite, explorent les principes fondamentaux de l’univers. Parallèlement, des penseurs comme Pythagore ou Parménide, dits « philosophes de la nature », posent les jalons d’un savoir rationnel et méthodique.
Ces premiers penseurs ont jeté les bases sur lesquelles la philosophie et la science allaient se développer, laissant un héritage inestimable dans l’édifice du savoir humain.

Comment expliquer que c’est en Grèce, à cette époque, que l’homme commence à se tourner vers la raison pour penser le réel ? Quelles conditions rendent possible ce saut de la mythologie au logos ?

Origine et contexte historique

L’invasion dorienne et l’émergence de la philosophie

L’invasion des Doriens au XIIe siècle av. J.-C. força les Ioniens à émigrer vers les côtes d’Asie Mineure, où ils fondèrent des cités telles que Milet et Éphèse. C’est dans ce nouveau cadre, en contact avec les grandes cultures orientales, que la philosophie allait voir le jour. Si la pensée grecque culmine au IVe siècle avec les grands penseurs athéniens, il ne faut pas minimiser l’apport décisif des présocratiques — ces penseurs antérieurs à Socrate qui marquèrent le véritable commencement de l’aventure philosophique.

Le temps des présocratiques

Entre Thalès de Milet et les sophistes s’étend un siècle et demi d’intense activité spéculative. Cette période est caractérisée par la rapidité, l’audace et la fulgurance du raisonnement grec. C’est alors que la philosophie s’affirme comme une nouvelle manière d’interroger le monde, en s’appuyant sur une technique intellectuelle naissante. Les présocratiques posent les jalons d’innombrables problématiques philosophiques ; même si leurs réponses demeurent élémentaires, leurs questions sont fondatrices.

Concepts fondamentaux élaborés par les présocratiques

Ces penseurs élaborèrent progressivement des notions clefs toujours au cœur de la philosophie : être, devenir, substance, accident, mouvement, repos, réalité, apparence, fini, infini, etc. De plus, ils posèrent les bases de courants majeurs : réalisme, idéalisme, monisme, dualisme — autant de tensions qui irrigueront toute l’histoire de la métaphysique.


1. Le problème central : la phusis (φύσις)

Les premiers philosophes s’interrogèrent sur les changements du monde, l’ordre cosmique et les phénomènes naturels. Mais leur souci n’était pas seulement de décrire ce qui est : ils cherchaient ce qui demeure derrière ce qui change. De cette quête naît l’idée de phusis, la nature, conçue non comme un décor ou une somme d’objets, mais comme le principe permanent, l’essence cachée sous la multiplicité apparente.

Cette distinction entre la nature véritable (le fond) et les choses particulières (les formes mouvantes) inaugure de nombreuses dualités : être et non-être, limité et illimité, mobile et immobile, plein et vide.

Loi universelle et naissance d’une science

De cette phusis découle l’idée qu’un ordre rationnel régit le monde : une loi universelle, indépendante des volontés divines, accessible par l’esprit. Cela implique la possibilité d’un savoir stable et nécessaire – une science – à distinguer de l’opinion, toujours instable et liée aux apparences.


2. La quête du principe premier (archè, ἀρχή)

Les présocratiques cherchèrent un élément primordial, un principe physique expliquant l’origine de tout ce qui existe. Sans parler encore d’« esprit », ils désignèrent des éléments concrets — l’eau, l’air, le feu — comme sources de l’être, en leur attribuant des propriétés fondamentales : éternité, mobilité, subtilité.

Chez les Milésiens, ce principe (archè) réside au cœur du monde. D’autres, comme Héraclite, Empédocle ou Anaxagore, introduisent des principes extérieurs, tels que le Logos (raison) ou le Noûs (intellect organisateur).


3. La méthode philosophique des présocratiques

Leur méthode est résolument rationnelle : ils élaborent des théories au moyen du discours logique, plus qu’à travers l’observation sensible, qu’ils jugent trompeuse. Leur investigation, d’abord cosmologique, tend déjà vers une ontologie embryonnaire. Leur difficulté à trancher les débats sur la nature produit une crise du savoir, qui culminera dans le scepticisme des sophistes et le tournant socratique.


4. Physiciens ou philosophes ?

Doit-on considérer ces premiers penseurs comme des physiciens ou des philosophes ? La question est légitime. Leur objet initial était cosmologique, mais l’ampleur de leurs interrogations — sur l’unité de l’être, la vérité, l’origine — les place au croisement de la science naissante et de la métaphysique.

Les Milésiens, par exemple, ne rejettent ni la diversité sensible ni la capacité des sens à donner accès au réel. Ils conjuguent expérience et raison, pluralité et unité.


5. Des cosmogonies anciennes à la révolution présocratique

Les grandes civilisations antérieures — mésopotamienne, égyptienne — avaient produit des cosmogonies mythiques, peuplées de divinités personnifiant les forces naturelles. L’innovation radicale des premiers Grecs, à commencer par Thalès, fut de remplacer les dieux par des principes naturels. Le feu, l’air, l’eau ne sont plus des dieux : ce sont des éléments physiques, porteurs d’un ordre immanent.

Pour ces penseurs, le principe n’est pas extérieur au monde, mais intérieur, immanent. Ils ouvrent ainsi une voie nouvelle : celle de la rationalité cosmique.


6. Le « passage du mythe à la science »

Les positivistes du XIXe siècle ont souvent célébré le passage grec du mythe à la science comme un « miracle hellénique ». Selon eux, les Grecs furent les premiers à substituer aux volontés divines des causes naturelles et des lois nécessaires. Cette thèse, bien que suggestive, reste réductrice.

Une évolution lente et ambiguë

Le passage à la pensée scientifique fut progressif, incomplet et souvent ambigu. Chez les présocratiques, raison et mythe coexistent : leurs explications rationnelles sont encore teintées d’images poétiques, de récits symboliques, d’allusions religieuses (notamment issues de l’orphisme).

Anthropomorphisme et représentations sociales

Les phénomènes naturels sont souvent décrits en termes humains : mariage, conflit, justice, vengeance. Cette lecture anthropomorphique du cosmos reflète la société grecque elle-même, projetant ses catégories sociales sur l’univers.


7. Une pensée cosmique et éthique

Chez les présocratiques, cosmologie et éthique sont indissociables. Le monde est régi par une loi qui n’est pas seulement physique : elle est aussi juste, proportionnée, ordonnée. L’idée d’un ordre moral du monde précède l’éthique proprement dite, mais en prépare déjà les fondements.


Conclusion : vers un monde intelligible

Avec les Milésiens, le monde cesse d’être un récit et devient un système — une machine régie par des lois. Ce basculement fonde la démarche philosophique elle-même : le rejet du mythe au profit de la raison, la recherche d’une unité cachée, la confiance dans la pensée pour dire le vrai.

Les présocratiques, à travers leurs tâtonnements, nous ont légué les grands axes de l’interrogation philosophique : l’être, le principe, le logos, la loi, la vérité. Ils n’ont pas encore construit un système, mais ils ont eu le courage d’ouvrir la voie.

Pourquoi étudier les Présocratiques aujourd’hui ?

Étudier les penseurs présocratiques et leur influence sur la cosmovision occidentale demeure d’une actualité saisissante. Ces philosophes de l’Antiquité, bien que séparés de nous par plus de deux millénaires, ont formulé les premières interrogations sur la nature de l’être, le mouvement, l’origine du monde, et les limites de la connaissance humaine. Or, ces questions continuent d’habiter la pensée contemporaine, notamment dans le domaine des sciences physiques les plus avancées.

L’exemple du Grand collisionneur de hadrons, à Genève, en est une illustration remarquable. Ce dispositif scientifique explore l’infiniment petit à une échelle subatomique, là où les réponses semblent se dérober à mesure que l’on progresse. Il se pourrait, affirment certains physiciens, que nous atteignions un seuil, une limite ontologique et épistémologique à l’observation. Si tel est le cas, la capacité de la science à dévoiler les lois ultimes de la nature serait radicalement remise en question.

Dans ce contexte, la théorie des cordes — élégante mais encore spéculative — pose à son tour une interrogation vertigineuse : certains aspects de la réalité ne seraient-ils tout simplement pas connaissables pour l’esprit humain ? Cette hypothèse, loin d’être marginale, remet en cause la prétention de la science moderne à expliquer entièrement le réel. Elle ravive ainsi une tension fondatrice de la pensée occidentale : jusqu’où va notre pouvoir de comprendre ?

Il devient alors essentiel de rappeler l’exigence d’un fondement empirique rigoureux pour toute théorie scientifique. L’enjeu est double : non seulement valider les modèles élaborés, mais aussi interroger nos propres outils conceptuels. Sommes-nous, aujourd’hui, intellectuellement et méthodologiquement armés pour comprendre ce qu’est réellement le monde ?

Cette remise en question des fondements du savoir ne date pas d’hier. Dès les origines de la pensée rationnelle, les Présocratiques posaient les jalons d’une interrogation métaphysique radicale : qu’est-ce que la nature ? et l’homme peut-il véritablement la connaître ? Par ces questions, ils ont ouvert la voie à une tradition de doute et de lucidité qui traverse toute l’histoire de la philosophie des sciences.

Au XXIe siècle, 2 500 ans après ces premiers éclaireurs, la physique théorique est confrontée à un paradoxe fascinant. Elle repose aujourd’hui sur deux grandes théories — la relativité générale et la mécanique quantique — qui expliquent deux domaines distincts de la réalité, mais qui sont, jusqu’à preuve du contraire, profondément incompatibles entre elles. Le modèle standard, bien que performant, reste incomplet. L’espoir de découvrir le graviton et de parvenir à une unification ultime — la fameuse théorie du tout — demeure l’un des grands rêves de la physique contemporaine.

Mais derrière ce rêve, se profile une interrogation plus vaste, philosophique en son essence : et si la réalité ultime, celle que les Présocratiques nommaient archè, demeurait à jamais hors de portée ? C’est là que la philosophie rejoint la science — non pour l’achever, mais pour lui rappeler ses fondements et ses limites.

Microcosme, macrocosme et les limites actuelles de la physique contemporaine

  • Le microcosme , le monde subatomique, celui de l’infiniment petit,
  • le macrocosme , l’univers à grande échelle, et entre les deux,
  • le mésocosme , domaine auquel s’applique la théorie de la relativité d’Einstein : ces trois niveaux de réalité constituent le champ d’investigation de la physique moderne. Chacun obéit à ses propres lois, mais l’unification de ces domaines reste encore hors de portée.

Malgré les formidables avancées scientifiques du XXe siècle, il faut reconnaître qu’au cours des premières décennies du XXIe siècle, aucun bouleversement théorique majeur n’a vu le jour. Depuis la découverte très médiatisée du *boson de Higgs, les grandes percées semblent s’être raréfiées. Ce constat, loin de décourager, a conduit de nombreux physiciens, philosophes des sciences, et même certains chercheurs de renom travaillant directement au CERN, à publier des réflexions critiques, des articles stimulants et des essais lucides sur l’état actuel de la science.

Mais que représente donc ce fameux boson de Higgs, que l’on surnomme parfois la « particule de Dieu » ?

Le boson de Higgs est une particule élémentaire théorisée dans les années 1960 par Peter Higgs et d’autres physiciens, dans le cadre du Modèle Standard de la physique des particules. Cette théorie, qui constitue l’ossature explicative de l’univers subatomique, cherche à comprendre comment les particules élémentaires acquièrent leur masse.

Selon ce modèle, l’espace serait parcouru d’un champ invisible, omniprésent, appelé champ de Higgs. Lorsqu’une particule — comme un électron ou un quark — traverse ce champ, elle y rencontre une forme de résistance, une inertie, qui se manifeste sous la forme de masse. Le boson de Higgs est quant à lui l’excitation quantique de ce champ, autrement dit, la « trace » observable de son existence.

La détection expérimentale du boson de Higgs, annoncée en 2012 grâce aux données issues du Grand collisionneur de hadrons (LHC), a constitué un moment historique. Cette découverte a apporté une confirmation spectaculaire du Modèle Standard et a représenté l’un des sommets de la physique moderne.

Et pourtant… cette victoire soulève aujourd’hui autant de questions qu’elle n’en résout. Car si le Modèle Standard est confirmé, il n’est pas pour autant achevé. De nombreuses énigmes subsistent : l’unification avec la gravitation, la nature de la matière noire, ou encore l’origine de l’énergie noire. Le rêve d’une théorie unifiée du tout reste inassouvi.

En ce sens, l’état actuel de la physique ne peut se comprendre sans une réflexion philosophique sur les limites de nos théories, sur la possibilité — ou non — d’un savoir total, et sur le rôle que joue l’imaginaire scientifique dans la construction des modèles. C’est ici que la philosophie, loin d’être une simple spectatrice, redevient interlocutrice à part entière de la science.

Thalès

1. Contexte :

  • Date : v. 624-546 av. J.-C.
  • Lieu : Milet, cité ionienne d’Asie Mineure.
  • Considéré comme le premier philosophe de l’Occident.

2. Apports principaux :

  • Archè (principe fondamental) : L’eau est l’origine de toutes choses.
  • Première explication rationnelle du cosmos, en rupture avec la mythologie.
  • Introduction du monisme matérialiste (tout procède d’un unique principe matériel).

3. Innovations :

  • Introduction de l’observation et du raisonnement comme instruments philosophiques.
  • Reconnu également comme mathématicien et astronome :
    • Il aurait prédit une éclipse solaire en 585 av. J.-C.
    • Lié au développement des premiers théorèmes géométriques.

4. Influence :

  • Fondateur de la École de Milet.
  • Point de départ de la tradition des philosophes présocratiques.

Formule-clé : « Tout est plein de dieux » (reconnaissance d’une vitalité inhérente au cosmos).

Origine et Activité Politique
Thalès naquit à Milet, une colonie ionienne d’Asie Mineure, d’origine phénicienne, fils d’Examios et de Cléobuline. Il exerça une influence politique en exhortant les Milésiens à s’unir pour défendre leur indépendance face aux Lydiens et aux Mèdes.

Voyages et Savoirs
On lui attribue des voyages en Égypte, où il étudia la géométrie et mesura la hauteur des pyramides en utilisant l’ombre qu’elles projetaient. Il expliqua également les crues du Nil par l’action des vents étesiens et se distingua comme mathématicien et astronome. Bien qu’il n’ait rien écrit, sa renommée tient à ses inventions de caractère pratique.

Prédiction de l’Éclipse et Contributions Scientifiques
Thalès prédit une éclipse solaire survenue lors d’une bataille entre Mèdes et Lydiens, le 28 mai 585 av. J.-C., événement qui a permis de fixer sa chronologie. On lui attribue le théorème qui porte son nom ainsi que la création des parapegmes (almanachs astronomiques) ; il étudia également les Hyades et identifia la constellation de la Petite Ourse. Il inventa par ailleurs une méthode pour mesurer la distance des navires en mer.

Aspects Pratiques et Anecdotiques
Thalès fit preuve d’une grande sagacité pratique en prédisant une excellente récolte d’olives, louant à l’avance toutes les presses de Milet, ce qui lui permit de s’enrichir et de démontrer que la philosophie n’était pas inutile. En contraste, une anecdote rapporte qu’une vieille femme se moqua de lui lorsqu’il tomba dans un puits pour avoir contemplé les étoiles sans prêter attention à ce qui était sous ses pieds.

Reconnaissance et Sagesse
Il figure en tête de toutes les listes des Sept Sages, et ses concitoyens lui élevèrent une statue portant l’inscription : « Αστρολόγων πάντων πρεσβύτατον σοφίην » (« Le plus ancien en sagesse parmi les astrologues »). À sa mort, on rapporte qu’il aurait déclaré : « Je te loue, ô Zeus, car tu me rapproches de toi. » Il affirmait ne plus pouvoir contempler les étoiles depuis la terre en raison de son âge avancé.

Philosophie et Cosmologie
Thalès considérait que l’eau était le principe fondamental (*archè*) de toutes choses, idée commune aux cosmogonies orientales et déjà présente chez des auteurs comme Homère et Hésiode. Il pensait en outre que la Terre avait la forme d’un disque oblong flottant sur les eaux, surmonté par une voûte céleste.

Animisme et Concepts Divins
Aristote et Diogène Laërce lui attribuent l’idée que toutes choses sont pleines de dieux ou de démons, ce qui reflète une conception animiste de la matière. Thalès croyait que l’aimant était animé et doté d’une âme, renforçant ainsi cette perspective. Des expressions telles que « l’esprit se meut avec la plus grande rapidité sur toutes choses » et « le divin est ce qui n’a ni commencement ni fin » révèlent une pensée particulièrement avancée. Il admirait l’ordre du monde et exprimait cette admiration par la formule : « Le monde est la chose la plus belle, œuvre des dieux ».

I
« Selon la tradition, Thalès fut le premier à introduire chez les Grecs la recherche de la nature. Et bien qu’il ait été précédé par plusieurs autres penseurs, Théophraste estime qu’il les surpassa à tel point qu’il les éclipsa tous. Il est dit que Thalès ne laissa rien par écrit, si ce n’est ce que l’on appelle l’Astrologie nautique. » Simplicius, Physique, 23, 32-33.2

II
« Et selon certains, il ne laissa aucun écrit, sauf l’Astrologie nautique. Callimaque le mentionne comme le découvreur de la Petite Ourse, mais selon d’autres, il n’aurait écrit que deux ouvrages : Sur le solstice et Sur l’équinoxe. » Diogène Laërce, I, 23

III
« Après s’être consacré à la philosophie en Égypte, il revint à Milet lorsqu’il était déjà âgé. » Éécion, De placitis reliquiae, IV, 1, 1

IV
« La plupart des premiers philosophes considéraient que les principes de toutes choses étaient de nature matérielle. Quant au nombre et à la forme d’un tel principe, leurs opinions divergent, mais Thalès, initiateur de ce type de philosophie, affirme que ce principe est l’eau. Ainsi, il déclara que la terre repose sur l’eau.

Il forma peut-être cette hypothèse en observant que toute nourriture est humide, que la chaleur naît de l’humidité et que la vie s’y maintient. Or ce dont les choses proviennent est le principe de toute chose. C’est pourquoi il a conçu cette hypothèse, en plus du fait que les semences de toutes les choses ont une nature humide, et que l’eau est le principe naturel des choses humides.

Certains pensent que déjà les plus anciens, fort éloignés de notre génération, ceux qui furent les premiers à parler des dieux, abordèrent aussi la nature. En effet, ils considéraient Océan et Téthys comme père et mère de la génération divine, et prenaient l’eau — appelée Styx par les poètes — comme témoin du serment des dieux. Car ce qui est le plus vénérable est aussi le plus ancien. » Aristote, Métaphysique

V
« D’autres affirment que la terre repose sur l’eau. Il s’agit, en effet, de l’explication la plus ancienne que la tradition nous ait transmise, et que l’on attribue à Thalès de Milet : la terre se soutient parce qu’elle flotte comme un bois ou quelque chose de semblable. Il n’est naturel pour aucune de ces choses de se soutenir dans l’air, mais bien sur l’eau — comme si le raisonnement sur la terre n’était pas le même que celui sur l’eau qui la soutient ! » Aristote, Du ciel

VI
« L’opinion de Thalès est erronée, car il soutient que le globe terrestre repose sur l’eau et qu’il se meut comme un navire, si bien qu’en se mouvant, il oscille, ce que l’on interprète comme des tremblements de terre. » Sénèque, Questions naturelles

VII
« La nature humide, du fait de sa capacité à se transformer aisément en toute chose, tend à prendre les formes les plus diverses. Ainsi, la partie qui s’évapore devient de l’air, et ce qui est plus subtil encore, de l’éther. L’eau comprimée et chargée d’impuretés devient la terre. C’est pourquoi Thalès affirma que le principe est l’eau, considérant que, parmi les quatre éléments, c’était le plus apte à être cause. » Héraclite Homérique, Questions homériques

VIII
« Certains affirment que l’âme est présente et mêlée à l’ensemble. C’est peut-être pour cette raison que Thalès a pensé que tout est plein de dieux. » Aristote, De l’âme

IX
« Il semble également que Thalès, selon ce qu’on rapporte, concevait l’âme comme étant ce qui est capable de mouvement, puisque il affirmait que la pierre d’aimant (magnétite) a une âme parce qu’elle attire le fer. » Aristote, De l’âme

X
« Parmi les Grecs, le premier à chercher la cause d’une éclipse fut Thalès de Milet, qui prédit l’éclipse de soleil survenue sous le règne d’Alyatte, au cours de la quatrième année de la 48e Olympiade (585 av. J.-C.), soit 170 ans après la fondation de Rome. » Pline, Histoire naturelle, II, 53

XI
« La sixième année de la guerre entre Mèdes et Lydiens, alors que le conflit ne penchait ni d’un côté ni de l’autre, advint qu’au milieu du combat le jour se changea en nuit. Ce renversement du jour avait été prédit par Thalès de Milet aux Ioniens, pour l’année même où il se produisit. » Hérodote, I, 74

XII
« (…) La victoire revint à Thalès qui, en plus d’être un homme de savoir, aurait mesuré également les petites étoiles du Chariot, que les Phéniciens utilisent comme guide dans leurs navigations. » Ibid.

XIII
« Thalès estimait que les vents étesiens, soufflant à contre-courant vers l’Égypte, faisaient monter les eaux du Nil, et que le gonflement de la mer empêchait son écoulement. » Ibid.

XIV
« Jérôme affirme que Thalès mesura aussi les pyramides grâce à leur ombre, après avoir observé le moment où notre ombre est égale à notre hauteur. » Ibid.

XV
« Eudème attribue ce théorème à Thalès dans son Histoire de la géométrie ; il affirme que ce théorème fut nécessaire pour expliquer la méthode selon laquelle il détermina la distance des navires en mer. » Ibid.

XVI
« On raconte que, face aux critiques portant sur sa pauvreté et l’inutilité de la philosophie, Thalès parvint, grâce à l’astrologie, à prévoir une récolte abondante d’olives. Ainsi, durant l’hiver, il se procura un peu d’argent, et loua toutes les presses à huile de Milet et de Chios à bas prix, personne ne rivalisant avec lui. Au moment venu, quand la demande explosa, il les sous-loua à son gré, amassant une importante somme d’argent. Il montra ainsi qu’il est facile pour un philosophe de s’enrichir, s’il le désire ; mais ce n’est pas ce qui l’intéresse. » Aristote, Politique I, 11, 1259a

XVII
« On raconte également que Thalès, alors qu’il observait les astres, le regard tourné vers le ciel, tomba dans un puits. Une jeune servante thrace, jolie et vive, se moqua alors de lui, disant qu’il désirait ardemment connaître les choses du ciel tout en ignorant ce qui se trouvait devant lui et sous ses pieds. » Platon, Théétète, 174a

Anaximandre de Milet

1. Contexte :

  • Époque : v. 610–547 av. J.-C.
  • Lieu : Milet, disciple de Thalès.
  • Deuxième penseur de l’École de Milet.

2. Contributions principales :

  • Archè (principe fondamental) : L’ápeiron (l’infini ou l’indéterminé).
    • Il est éternel, illimité, indestructible et origine de toutes choses.
    • Ce n’est pas un élément matériel (comme l’eau ou l’air), mais une réalité indéterminée.
  • Introduction de l’idée d’équilibre cosmique :
    • Les êtres surgissent et retournent à l’ápeiron en compensation des injustices entre les contraires (chaud-froid, sec-humide).

3. Innovations :

  • Cosmologie : Une vision rationnelle et cohérente de l’univers :
    • La Terre est un cylindre en lévitation au centre du cosmos, sans aucun support.
    • Il distingue les causes naturelles des récits mythologiques pour expliquer le monde.
  • Théorie de l’origine de la vie : Il propose que les êtres vivants aient émergé de l’eau et que les humains descendent d’espèces aquatiques.

4. Influence :

  • Première élaboration d’un principe éternel et universel.
  • Fondement des spéculations métaphysiques et cosmologiques ultérieures.

Formule clé : « Le principe de toutes choses est l’ápeiron, d’où elles proviennent et vers lequel elles retournent. » (Cycle éternel de création et de destruction).

Originaire de Milet, Anaximandre fut disciple — ou « compagnon » — de Thalès. Géographe, mathématicien, astronome et homme politique, il participa à une expédition milésienne vers Apollonie. En témoignage de reconnaissance, ses concitoyens lui érigèrent une statue. Il est notamment connu pour son traité en prose intitulé *Sur la Nature*, ainsi que pour la réalisation d’une carte du monde habité.

Contributions scientifiques
On lui attribue l’introduction du gnomon en Grèce, la prédiction d’un tremblement de terre à Sparte, la découverte de l’inclinaison du Zodiaque et des calculs relatifs à la taille des étoiles. Il est considéré comme le fondateur de l’astronomie grecque.

a) Physique

L’ápeiron comme principe
Anaximandre élargit la conception de Thalès en proposant l’ápeiron comme *archè* (principe), une réalité indéterminée, illimitée, éternelle et incorruptible, à partir de laquelle tous les êtres naissent et vers laquelle ils retournent. Aristote interprètera l’ápeiron comme une sorte de mélange confus d’éléments, qui se séparent sous l’effet d’un mouvement éternel.

Genèse du cosmos
Il conçoit un processus de différenciation des contraires à l’intérieur de l’ápeiron, avec la séparation des éléments qui engendre une pluralité de mondes sphériques et finis, selon un schème de différenciation gravitationnelle entre le chaud et le froid, donnant ainsi naissance aux quatre éléments : le Feu, l’Air, l’Eau et la Terre.

Organisation astronomique
La Terre, conçue comme un cylindre, est immobile et flotte au centre du cosmos. Anaximandre introduit l’idée selon laquelle les corps célestes tournent dans des anneaux concentriques, à des distances proportionnées. Le Soleil est le plus éloigné, la Lune occupe la seconde position, et les étoiles sont les plus proches. Il explique les éclipses et les phases de la Lune par l’obstruction des orifices dans ces anneaux.

Théorie des séismes et des vents
Il interprète les tremblements de terre et les vents comme des phénomènes causés par des courants d’air, eux-mêmes influencés par la chaleur solaire.

b) Biologie

Théorie biologique
Anaximandre avance que les êtres vivants sont nés de la boue primordiale. Les premiers animaux furent marins, et les êtres humains auraient d’abord existé à l’intérieur de créatures marines écailleuses, qui éclatèrent ensuite au contact du Soleil.

Âme et mondes
L’âme est de nature aérienne, issue du pneuma cosmique qui enveloppe l’univers. Il existerait une infinité de mondes, indépendants les uns des autres, qui naissent et périssent dans un cycle éternel, en expiation de leur séparation d’avec l’ápeiron, rétablissant ainsi la justice cosmique.

Fragment philosophique

« Ce d’où procède la naissance des choses est aussi ce vers quoi elles retournent par nécessité », exprime sa conception d’un ordre cyclique régi par une loi cosmique inéluctable, qui équilibre les contraires par le biais de la justice.

  • « Le principe des êtres est indéfini… et les choses périssent dans ce même principe qui leur a donné naissance, selon la nécessité. Car elles se rendent mutuellement une juste rétribution pour leur injustice, selon l’ordonnance du temps. »
  • « Il est éternel et ne vieillit jamais. »
  • « Il est immortel et indestructible. »
  • « Tube de tourbillon. »
  • « La terre est semblable à une colonne de pierre. »
  • « Qui englobe tout et gouverne tout. »
  • I « Anaximandre affirmait que le principe, c’est-à-dire l’élément des êtres, est l’indéterminé (ápeiron), étant le premier à introduire ce terme pour désigner l’archè. Il soutient que ce principe n’est ni l’eau ni aucun autre des éléments reconnus, mais une nature distincte, indéfinie, de laquelle procèdent tous les cieux et tous les mondes qu’ils contiennent. « Les choses périssent dans ce même principe qui leur a donné naissance, selon la nécessité. Car elles se rendent mutuellement une juste rétribution pour leur injustice, selon l’ordonnance du temps » — formule exprimée en termes plutôt poétiques. Il ne conçoit donc pas la génération comme une transformation de l’élément, mais comme la séparation des contraires, due au mouvement éternel. Les contraires sont : chaud-froid, sec-humide, et autres du même ordre. » Simplicius, Physique. 3. Cf. Bernabé, Alberto (trad.), Fragments des présocratiques : de Thalès à Démocrite, Alianza Editorial, Madrid, 2016.
  • II « Anaximandre affirmait que l’indéterminé (ápeiron) est la cause universelle de toute naissance et de toute destruction. Il soutient que les cieux et, de manière générale, tous les mondes, qui sont eux-mêmes indéfinis, en sont issus par séparation. Il assurait que la destruction, tout comme la génération antérieure, surviennent à partir d’un temps indéfini et se produisent selon un cycle successif. Il affirme que la terre a la forme d’un cylindre et que sa hauteur représente le tiers de sa largeur. Il affirme aussi que ce qui est source de chaleur et de froid au commencement de ce monde s’est séparé, et qu’une sphère de feu s’est formée autour de l’air enveloppant la terre, à la manière d’une écorce autour d’un arbre. Cette écorce, en se déchirant et en se refermant en cercles, a donné naissance au soleil, à la lune et aux étoiles. Il affirme également qu’à l’origine, l’homme est né d’animaux d’une autre forme, car les autres animaux se nourrissent d’emblée par eux-mêmes, tandis que l’homme requiert une longue période d’allaitement, et, de ce fait, n’aurait pu survivre à ses débuts sans ce développement préalable. » Pseudo-Plutarque, Miscellanées.
  • III « Anaximandre affirmait que le principe des êtres est une certaine nature de l’indéterminé (ápeiron), d’où naissent les cieux et l’ordre du monde qu’ils contiennent ; que ce principe est éternel, qu’il ne vieillit pas, et qu’il enveloppe tous les mondes. Il mentionne le temps comme définissant les limites de la naissance, de l’existence et de la destruction. Il affirmait que le principe, c’est-à-dire l’élément des êtres, est l’indéterminé (ayant été le premier à utiliser le terme de principe), et qu’à cela s’ajoute un mouvement éternel, par lequel les cieux prennent naissance. Il disait que la terre se tient en hauteur, sans support, mais qu’elle demeure en équilibre du fait de son équidistance avec toutes choses ; que sa forme est courbe, ronde, semblable à une colonne de pierre, et que nous vivons sur l’une de ses faces, tandis qu’une autre existe à l’opposé. Il affirme que les étoiles sont un cercle de feu, séparé du feu cosmique et enveloppé d’air ; que dans cet air se trouvent des conduits, comme des évents, en forme de tube, par lesquels apparaissent les étoiles. Ainsi, lorsque ces conduits sont obstrués, il se produit des éclipses. Il affirme de même que la lune apparaît tantôt pleine, tantôt décroissante, selon que les ouvertures sont bloquées ou ouvertes, que le cercle du soleil est 27 fois plus grand que celui de la terre et 18 fois celui de la lune, et que la région la plus haute du cosmos est celle du soleil, la plus basse étant celle des cercles des étoiles fixes. Il disait que les animaux naissent de l’humidité évaporée par le soleil, et que l’homme est d’abord apparu sous la forme d’un autre animal, notamment un poisson ; que les vents naissent lorsque les parties les plus légères de l’air se détachent, se rassemblent et se mettent en mouvement ; que les pluies proviennent de l’évaporation issue de la terre sous l’action du soleil, et que les éclairs se forment lorsque le vent déchire les nuées sur lesquelles il s’abat. » Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies.
  • IV « Anaximandre dit que le principe des êtres est l’indéterminé (ápeiron), car de lui naissent toutes choses, et en lui toutes se résolvent. C’est pourquoi une infinité de mondes naissent et se résorbent dans ce dont ils proviennent. » Écèce, Opinions des philosophes.
  • V « Cet indéterminé semble être le principe des autres êtres, englobant tout et gouvernant tout… et il est de plus une réalité divine, car il est immortel et indestructible, comme le disent Anaximandre et la plupart des naturalistes. » Aristote, Physique.
  • VI « Anaximandre dit que la lune est un disque 19 fois plus grand que la terre, semblable à une roue de char dont la jante serait creuse et remplie de feu, comme le soleil ; qu’elle est disposée de manière oblique, comme ce dernier, et qu’elle possède une seule ouverture, semblable à un tube de tourbillon. Les éclipses se produisent selon les dispositions de cette roue. » Écèce, Opinions des philosophes.
  • VII « Il dit que la lune s’éclipse lorsque l’ouverture qui entoure la roue se trouve obstruée. » Ib.
  • VIII « Concernant le tonnerre, les éclairs, les tourbillons et les typhons, Anaximandre affirme que tous résultent de l’action du vent : lorsqu’il est emprisonné par un nuage dense, il s’abat violemment du fait de la finesse de ses parties et de sa légèreté ; la déchirure provoque le bruit, et le contraste avec l’obscurité de la nuée produit l’éclair. » Ib.
  • IX « Il dit que le vent est le flux de l’air, lorsque ses parties les plus légères et les plus humides se meuvent ou se dissolvent sous l’action du soleil. » Ib.
  • X « Il dit que les premiers animaux sont nés dans l’eau, entourés d’écorces épineuses, mais qu’en grandissant, ils ont gagné les terres plus sèches, et qu’une fois cette écorce rompue, ils ont changé de mode de vie peu après. » Ib.
  • XI « Anaximandre de Milet pensait que, soit des poissons, soit des animaux très semblables aux poissons, sont nés de l’eau et de la terre échauffées ; que l’homme s’y forma, et y demeura comme un fœtus jusqu’à la puberté ; ensuite, une fois cette enveloppe rompue, naquirent hommes et femmes capables de se nourrir par eux-mêmes. » Censorin, Du jour de la naissance.

Anaximène

1. Contexte :

  • Date : env. 588–524 av. J.-C.
  • Lieu : Milet ; il fut disciple d’Anaximandre.
  • Deuxième grand représentant de l’école de Milet.

2. Apports fondamentaux :

  • Archè (principe premier) : L’air est l’origine de toutes les choses.
  • Il propose une vision dynamique du cosmos :
    • La condensation produit des éléments denses, comme l’eau et la terre.
    • La raréfaction engendre des éléments légers, comme le feu.

3. Innovations :

  • Introduction d’un modèle quantitatif : les transformations de la matière s’expliquent par des variations de densité de l’air.
  • Première tentative d’explication des phénomènes physiques à partir de mécanismes naturels, sans recours au mythe.

4. Influence :

  • Développement du monisme matérialiste présocratique.
  • Fondement pour les théories ultérieures du changement et de la continuité dans le cosmos.

Phrase clé : « De même que notre âme, qui est de l’air, nous maintient unis, l’air enveloppe le monde tout entier. »
(Analogie entre l’air comme substance vitale et principe cosmique.)

Natif de Milet, Anaximène fut disciple, ou « compagnon », d’Anaximandre. Il rédigea un ouvrage en prose et se consacra principalement à l’étude des phénomènes météorologiques. Bien que les Anciens le considèrent comme une figure majeure de l’école milésienne, sa doctrine marque un certain recul par rapport à celle d’Anaximandre, en régressant vers la perspective de Thalès. Il conçoit le Cosmos comme un être vivant, doué de respiration, contenu dans le Pneuma infini qui enveloppe la totalité de l’univers.

Anaximène soutenait que l’air (aér, pneuma, souffle, haleine) constitue le principe originaire de toutes choses. « De même que notre âme, étant de l’air, nous maintient unis, de même le souffle et l’air enveloppent tout le Cosmos. » Il ne s’agissait pas de l’air atmosphérique au sens empirique, mais d’un protoélément éternel, divin, vivant, illimité, subtil et mobile — principe du mouvement et de la vie de toutes les choses.

De ce principe primordial, animé d’un mouvement éternel, émergent une infinité de mondes et d’êtres, y compris les dieux eux-mêmes. Chaque monde est enveloppé d’une couche d’air condensé et transparent.

Anaximène introduit un dualisme des forces cosmiques, ajoutant aux idées de « séparation » formulées par Anaximandre, celles de condensation et raréfaction. De l’air raréfié naît le feu, tandis que de l’air condensé proviennent les vents, l’eau, la terre et les pierres. Il expliquait ces processus à l’aide d’une analogie : en soufflant la bouche entrouverte, l’air est chaud ; en soufflant la bouche fermée, l’air est froid.

Toutes les choses procèdent de l’Air infini (pneuma ápeiron) et y retournent.

La Terre, selon Anaximène, est un disque plat flottant sur l’atmosphère, entouré d’eau. Les astres sont également des disques plats, en rotation autour de la Terre, constitués de vapeurs raréfiées et enflammées. Le Soleil, pendant la nuit, se dissimule derrière les montagnes du nord, tandis que les étoiles fixes sont maintenues par des clous incandescents au firmament, lequel tourne autour de la Terre. L’arc-en-ciel se forme lorsque les rayons solaires se réfléchissent sur un nuage dense.

Anaximène vécut à l’époque où Milet fut détruite par les Perses en 494 av. J.-C., à la suite de son alliance avec les Lydiens. Si la cité disparut, la philosophie, elle, survécut — transplantée par Pythagore en Grande-Grèce, où elle donna naissance à une nouvelle école florissante.

  • I « Anaximène affirme que ce qui est contracté et condensé est froid, tandis que ce qui est raréfié et lâche est chaud. C’est pourquoi il dit, non sans raison, que l’homme expire à la fois de l’air chaud et froid : l’air se refroidit lorsqu’il est comprimé et condensé par les lèvres, mais devient chaud lorsqu’il est expulsé par la bouche ouverte, en raison de la raréfaction. »
  • II « Anaximène déclara que le principe des êtres est l’air. Car tout naît de lui et tout y retourne. Il dit : de même que notre âme, qui est de l’air, nous maintient unis, de même un souffle, l’air, embrasse le monde entier. »
  • III « Le soleil est plat comme une feuille. »
  • IV « Anaximène de Milet, fils d’Euristrate, qui fut le compagnon d’Anaximandre, postule lui aussi une nature sous-jacente, unique et infinie, comme ce dernier, mais non pas indéterminée, comme chez Anaximandre, mais déterminée ; il l’appelle air. Il affirme que les choses se différencient selon les substances par raréfaction et condensation ; ainsi, en se raréfiant, il devient feu, tandis qu’en se condensant, il devient vent, puis nuage, et, par une condensation accrue, eau, puis terre, ensuite pierre, et ainsi de suite. Quant au mouvement, par lequel se produit également le changement, il le considère comme éternel. » Simplicius, Physique.
  • V « Il affirme qu’Anaximène disait que le principe de toutes choses est l’air, qu’il est infini en dimension, mais défini par les qualités qu’il possède ; que toutes choses proviennent d’une certaine condensation et aussi d’une raréfaction de cet air. Le mouvement existerait de tout temps. Il dit que par la compression de l’air naît d’abord la terre, extrêmement plate, ce pourquoi elle flotte sur l’air. Le soleil, la lune et les autres astres tirent également leur origine de la terre. En effet, selon lui, le soleil est terre, mais en raison de son mouvement rapide et d’une chaleur excessive, il en vient à flamber. » Pseudo-Plutarque, Miscelánea. 4 ; cf. Bernabé, Alberto (trad.), Fragmentos de los presocráticos : de Tales a Demócrito, Alianza Editorial, Madrid, 2016.
  • VI « Anaximène, également Milésien, fils d’Euristrate, disait que le principe était un air infini, d’où naissent les choses en devenir, celles qui ont été et celles qui seront, ainsi que les dieux et les êtres divins ; le reste naît des descendants de cet air primordial. L’aspect de l’air est le suivant : il est invisible à la vue lorsqu’il est en son état médian, bien qu’il se manifeste par le froid, le chaud, l’humide et le mouvement. (Et en effet, il est toujours en mouvement, car il ne pourrait changer sans cela.) En se condensant ou en se raréfiant, il se manifeste de manière différente : en se raréfiant, il devient feu ; les vents sont de l’air condensé ; la nuée résulte d’un agglomérat d’air, et l’eau d’un agglomérat encore plus grand ; plus condensé encore, il devient terre, et au maximum de la condensation, pierre. Ainsi, les principes de la génération sont les contraires : chaud et froid. La terre est plate et repose sur l’air. De la même manière, le soleil, la lune et les autres astres, tous de nature ignée, flottent sur l’air parce qu’ils sont plats. Les astres naissent de la terre, car l’humidité s’en élève, se raréfie et devient feu ; de ce feu qui monte se forment les astres. Il y a aussi des réalités terrestres dans la région céleste où se trouvent les astres, qui tournent avec eux. Il dit que les astres ne se meuvent pas sous la terre, comme d’autres l’ont supposé, mais autour de la terre, comme un feutre tournant autour de notre tête. Le soleil ne se cache pas parce qu’il passe sous la terre, mais parce qu’il est occulté par les hauteurs terrestres et lorsque la distance avec nous s’accroît. Les astres ne chauffent pas, à cause de l’immensité de leur distance. Les vents naissent de l’air condensé et mis en mouvement ; lorsqu’il s’épaissit, il donne naissance aux nuages, qui deviennent eau. La grêle se forme lorsque l’eau qui tombe des nuages se solidifie, et la neige quand ces nuages, saturés d’eau, se durcissent. L’éclair provient de l’ouverture violente des nuages sous la pression des vents, faisant jaillir une lumière brillante et ignée. L’arc-en-ciel apparaît lorsque les rayons solaires frappent un air condensé. Le tremblement de terre se produit lorsque la terre est violemment affectée par la chaleur ou le gel. » Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies.
  • VII « Anaximène dit que l’air est Dieu, qu’il est infini et qu’il produit toutes choses. » Cicéron, De la nature des dieux I, 10.
  • VIII « De même qu’Anaximène pensait que l’air était Dieu. » Augustin, La Cité de Dieu VIII, 2.
  • IX « Le philosophe Anaximène pensait que l’air était Dieu. » Aulu-Gelle, Nuits attiques IV, 3.
  • X « Pour Anaximène, le ciel est une voûte en cristal. » Achille Tatius, Sur les phénomènes d’Aratus.
  • XI « Anaximène dit que le soleil est semblable à une feuille, qu’il se déplace autour de la terre et qu’il se cache derrière les montagnes, comme le font les astres. » Aétius, Opinions des philosophes II, 20, 13.

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