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Anaxágoras (500-428 a.C.)
Originaire de Clazomènes, colonie d’Asie Mineure fondée par des réfugiés de Milet en 494 av. J.-C., Anaxagore fut le premier philosophe à fonder une école à Athènes, très fréquentée par l’aristocratie. Parmi ses auditeurs, on comptait des figures illustres telles que Euripide, Protagoras, Thucydide, Myron et Phidias.
En 431 av. J.-C., Cléon et Thucydide l’accusèrent de « médisme », d’impiété et d’athéisme, en raison de son refus d’attribuer une nature divine au Soleil et à la Lune. Il fut emprisonné et condamné à une amende. Suivant le conseil de son ami Périclès, il s’exila à Lampsaque, où il jouit d’une grande estime. Les habitants y frappèrent des monnaies à son effigie et firent graver sur sa tombe une épitaphe élogieuse. Il mourut en 428 av. J.-C., laissant ces paroles mémorables : « De partout, la distance au Hadès est la même. » Deux autels furent érigés en son honneur : l’un dédié à la Vérité, l’autre à l’Esprit.
Anaxagore incarne le modèle du sage ionien : cosmopolite, individualiste, détaché de sa cité d’origine, indifférent aux préoccupations patriotiques. Lorsqu’on l’interrogea sur son attachement à la patrie, il désigna le ciel en disant : « Tais-toi, car c’est bien de celle-ci que je me soucie. » Son intérêt se portait principalement sur la science, sans visée morale ou religieuse. Il s’illustra comme physicien, mathématicien et astronome, Sextus Empiricus le qualifiant de « physicien par excellence ». À la question du sens de sa naissance, il répondit : « Pour contempler le ciel et l’ordre du cosmos. » Il accueillit même la nouvelle de la mort de son fils avec sérénité, déclarant : « Je savais bien que j’avais engendré un mortel. » Il défendait la contemplation (θεωρία) comme finalité suprême de l’existence, car elle seule permettait d’atteindre la liberté (λευθερία).
On lui attribue plusieurs écrits : un traité sur les apparences, un ouvrage sur la quadrature du cercle, rédigé en prison, et une œuvre en trois livres sur la Nature, dont environ vingt fragments nous sont parvenus.
PHYSIQUE
a) Le problème
Dans la lignée ionienne, Anaxagore affronte le problème de l’unité et de la pluralité des choses. Son apport majeur réside dans l’introduction de deux principes : un principe passif et inerte (une masse chaotique contenant tous les éléments des choses), et un principe actif et moteur (l’Esprit ou Noûs), cause du mouvement et garant de l’unité cosmique. Il reste cependant incertain que cette distinction relève d’un dualisme strict entre matière et esprit, puisque le Noûs semble aussi posséder une dimension matérielle.
b) Les « homéoméries »
Anaxagore pose une question intrigante : « Comment des cheveux peuvent-ils provenir de ce qui n’est pas cheveux, et de la chair de ce qui n’est pas chair ? » Reprenant le principe de Parménide – « Rien ne vient de rien, tout provient de l’être » –, il conclut que « tout est en tout ». Cela signifie que toute chose contient toutes les autres en puissance. Ainsi, du pain proviennent os, chair, cheveux, etc., sans transformation véritable, mais par simple combinaison et séparation d’éléments préexistants.
La matière est, selon lui, divisible à l’infini, et chaque chose est constituée de parties de toutes les autres, en quantité et en taille infinies. Contrairement à Empédocle, qui limitait les éléments à quatre, Anaxagore en reconnaît autant qu’il existe d’espèces distinctes (eau, air, or, argent, chair, os, etc.). Ces éléments, appelés « semences », sont éternels, immuables et indestructibles.
La génération des choses résulte de l’agrégation de ces homéoméries, et leur corruption, de leur dissociation. Les différences sensibles tiennent à la prédominance d’un type d’élément. Toutefois, cette réalité n’est pas accessible aux sens, limités ; seule la raison nous permet de comprendre que « tout est en tout ».
c) La formation du cosmos : le Noûs (Νοῦς)
À l’origine, tout était mêlé dans le chaos primordial. Le Noûs, infini et pur, est la force qui met en branle l’univers, initiant la séparation des homéoméries et rendant possible l’organisation du cosmos. Bien qu’il semble doté d’attributs divins, le Noûs n’est pas une divinité transcendante : il est comparable au Logos d’Héraclite ou à l’Amour et la Discorde d’Empédocle. Sa fonction n’est ni créatrice ni ordonnatrice, mais exclusivement motrice.
Initialement, les éléments étaient indifférenciés, réunis en une masse compacte sans vide. Le Noûs déclencha le mouvement en un point, provoquant un tourbillon (dinos) qui dissocia les éléments selon leur densité. De ce processus naquirent la Terre, l’eau, l’air et l’éther. Le Soleil et les astres ne sont, pour Anaxagore, que des pierres incandescentes entraînées dans ce mouvement. Il interpréta même la chute d’un aérolithe à Égospotamos comme une manifestation de ce phénomène.
Anaxagore proposa aussi des explications naturelles aux solstices, aux éclipses et à la formation de la Voie lactée, conçue comme un amas d’étoiles éclairées par la lumière solaire réfléchie. La Terre, pensait-il, était de forme cylindrique, entourée par la mer. Les tremblements de terre et les bruits souterrains étaient dus, selon lui, à la pression de l’air dans les cavités terrestres.
Les disciples d’Anaxagore
Archelaos (fl. v. 450)
Athénien d’origine milésienne, il enseigna la philosophie à Athènes et fut le maître de Socrate. Il suivit Anaxagore dans son exil, qu’il remplaça à la direction de l’école de Lampsaque. Philosophiquement, il ne se distingua guère, et il ne nous reste qu’un fragment d’une œuvre de physiologie. Il admettait la pluralité des mondes et rejoignait les sophistes en affirmant que les lois sont des conventions humaines.
Métrodore de Lampsaque (v. 450)
Ami et disciple d’Anaxagore, il interprétait les forces naturelles à travers les personnages de l’Iliade : Agamemnon représentait l’éther, Achille le feu ou le Soleil, Hélène la Terre, Pâris l’air, Hector la Lune.
Diogène d’Apollonie (v. 450)
Natif d’Apollonie en Crète, il séjourna à Athènes, où il fut poursuivi pour athéisme. On lui attribue des traités sur la nature humaine et la météorologie. Il fusionna les idées d’Anaximène, d’Anaxagore et de Leucippe, affirmant que l’air est le principe unique de toutes choses, une substance vivante et éternelle.












