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PYTHAGORE (530 a.C.)
Pythagore était originaire de Samos, reconnu pour son école à Crotone. Il intégra des influences orientales dans son enseignement. Son école promouvait la pureté à travers des rituels d’initiation.
Les acusmatiques écoutaient sans parler, tandis que les mathématiciens étaient dévoués à l’étude rationnelle. Pythagore ouvrit la voie à la métaphysique, en l’articulant à la religion orphique. Ses maximes acusmatiques et les Vers dorés formaient un ensemble de principes éthiques. La musique et sa théorie de l’harmonie étaient au cœur de sa philosophie.
L’arithmologie explorait la signification mystique des nombres. Son idée que **« les choses sont faites de nombres »** marqua le passage de la géométrie à la physique. Pythagore développa la démonstration rigoureuse et élabora le premier modèle mathématique axiomatique en Occident. La découverte des nombres irrationnels constitua un bouleversement pour son école. Dans sa cosmologie, il postula un feu central au sein de l’univers.
La figure de Pythagore nous est parvenue entourée d’éléments légendaires, rendant difficile la distinction entre l’historique et le fabuleux. Cette idéalisation remonte à ses propres disciples. Les témoignages les plus fiables sur le pythagorisme ancien viennent de ses contemporains :
- Xénophane ridiculise la transmigration des âmes.
- Héraclite se moque de la superficialité de son savoir.
- Empédocle et Ion de Chios témoignent d’une connaissance de ses doctrines.
- Hérodote rapproche les pythagoriciens des orphiques, en soulignant des croyances communes telles que la transmigration de l’âme, l’interdiction de tuer les animaux et l’abstinence de viande.
Le Phytagorisme primitif
L’absence d’écrits directs de Pythagore et des premiers pythagoriciens complique la compréhension de leurs doctrines authentiques, qui nous sont parvenues altérées par des disciples ultérieurs. La légende a déformé à la fois sa figure et son enseignement, rendant difficile la distinction entre les éléments originels et les apports postérieurs. Zeller identifie deux affirmations essentielles : premièrement, le système pythagoricien tel que nous le connaissons est le produit de plusieurs hommes et de différentes époques ; deuxièmement, il est complexe de discerner les éléments réellement imputables à Pythagore.
Par conséquent, le pythagorisme doit être compris comme un processus évolutif, composé de diverses étapes et contributions. Plusieurs interprétations existent à ce sujet. Certains auteurs (Reinhardt, Frank, Levy, Rathmann) estiment que le pythagorisme primitif était une simple secte mystico-religieuse, proche des thiases orphico-bacchiques, où Pythagore aurait été un prophète ou thaumaturge, sans portée scientifique. La dimension scientifique n’émergerait qu’au IVe siècle avec des figures comme Philolaos ou Archytas.
D’autres chercheurs distinguent deux phases dans le développement du pythagorisme : une première, strictement religieuse et mystique, sous l’influence directe de Pythagore ; une seconde, née de la controverse avec les éléates, où l’école adopte une orientation plus scientifique sous l’impulsion d’Alcméon, de Philolaos ou d’Archytas. Toutefois, étant donné la difficulté de séparer clairement les éléments de chaque phase, il est plus prudent de ne pas figer cette distinction. Pythagore peut être vu comme un réformateur moral et religieux, dans la lignée d’Onomacrite et d’Épiménide, inscrit dans le climat mystique du VIe siècle, cherchant la purification et le salut à travers l’immortalité et la transmigration des âmes.
À la différence des orphiques, Pythagore se présente aussi comme un philosophe, visant le salut par la science et la musique, considérées comme instruments de purification. Cela mène à une valorisation des dimensions spirituelle, morale et scientifique, dans cet ordre hiérarchique.
La fondation de l’association pythagoricienne, dans sa forme primitive, doit être vue davantage comme une confrérie à caractère éthique et religieux que comme une école philosophique. Elle fut ensuite subdivisée en organisations secondaires en Grande-Grèce, marquées par une forte inclination politique. Le pythagorisme présente des similitudes avec l’orphisme, notamment en ce qui concerne la préexistence, l’immortalité et la transmigration de l’âme, ainsi que des pratiques ascétiques telles que l’abstinence de viande ou de certaines légumineuses, et l’interdiction de tuer les animaux.
L’idée centrale du système pythagoricien varie selon les auteurs. Certains insistent sur l’opposition entre le limité et l’illimité, d’autres sur la tension entre unité et dualité, d’autres encore sur une conception géométrique de l’espace. Ces perspectives peuvent être vues comme des expressions diverses du dilemme fondamental de l’un et du multiple, caractéristique des présocratiques.
Les témoignages de penseurs contemporains et postérieurs, comme Xénophane, Héraclite, Parménide et Empédocle, qui entretinrent des controverses avec les pythagoriciens, suggèrent l’existence d’un noyau primitif de doctrines, proche des conceptions cosmologiques des physiciens. Parmi les éléments fondamentaux du pythagorisme, on peut citer :
- Opposition entre le limité et l’illimité : Conception héritée d’Anaximandre, reprise par les pythagoriciens à travers l’opposition entre le plein et le vide, l’être et le non-être (Parménide évoque la réalité pythagoricienne du non-être).
- Concept de respiration cosmique : Inspiré d’Anaximène et mentionné par Xénophane.
- Les nombres comme essences des choses : Une caractéristique propre au pythagorisme.
- Croyances en la préexistence et la transmigration de l’âme : Partagées avec les orphiques.
- Purification par des pratiques ascétiques et la science : La musique étant incluse comme moyen de purification.
- Réconciliation entre unité et pluralité : Problème fondamental de leur philosophie.
- Concept de « Cosmos » : Idée d’un ordre universel et d’une harmonie entre les contraires, peut-être la doctrine la plus emblématique du pythagorisme.
Le pythagorisme se distingue par deux apports originaux :
a) L’usage du concept milésien de « respiration cosmique » pour expliquer la pluralité réelle des choses, issue de la dislocation de l’unité sphérique du Cosmos par l’intrusion du vide ou du non-être.
b) Le développement d’une conception arithmo-géométrique du réel, selon laquelle les nombres sont l’essence des choses, inaugurant ainsi la première tentative de physique mathématique, où les qualités sont réduites à des quantités.
Les bases du Pythagorisme
1. Physique
a) Les nombres : essences des choses
Les pythagoriciens perçoivent les choses comme des nombres, et les nombres sont considérés comme les choses elles-mêmes. Pour eux, il n’existe pas de distinction entre les nombres concrets et abstraits ; l’être, l’être matériel et l’être étendu sont équivalents. Les choses particulières sont composées d’être et de non-être, de plein et de vide, et cette unité se réalise par l’harmonie des contraires. Ainsi, les nombres sont vus comme des entités étendues et matérielles, à l’origine des figures géométriques et de leur position dans l’espace.
b) Formation du Cosmos
Pythagore synthétise les idées d’Anaximandre et d’Anaximène, en affirmant que la réalité première est le pneuma illimité. Ce pneuma, en mouvement éternel, forme un Cosmos sphérique qui représente l’unité. En inspirant le pneuma et le vide, ce Cosmos se pluralise et donne naissance à la diversité numérique des choses. Le vide est essentiel pour définir les natures des choses et permettre le mouvement.
c) Les oppositions
Les oppositions fondamentales émergent du Cosmos compact : l’Être et le Non-Être, le Limité et l’Illimité, le Plein et le Vide, le Pair et l’Impair. La Dyade (le Pair) résulte de la séparation de l’unité primordiale par le vide. Chaque nombre et figure géométrique dérive de ces oppositions. Les nombres expriment divers aspects de l’être : le 1 est le point, le 2 est la ligne, le 3 est la surface, le 4 est le volume. Pythagore établit un lien entre nombres et principes moraux, développant une mystique des nombres qui explique à la fois les réalités physiques et les qualités morales.
d) L’harmonie entre les contraires
L’harmonie agit comme le lien qui coordonne les éléments opposés des choses. Selon Pythagore, tout est nombre et harmonie, et cette dernière constitue la cause et le fondement du Cosmos. L’idée d’un ordre harmonieux dans le monde est centrale dans sa pensée et reflète la complexité et la beauté du réel.
2. Astrologie
Pythagore est une figure centrale dans la conception d’un Cosmos composé de sphères tournant autour d’une Terre sphérique et immobile. Selon cette vision, les sphères célestes sont situées à des distances proportionnelles à la relation entre le son et la longueur d’une corde sonore. Cette organisation suppose que tout l’univers est régi par une régularité mathématique, donnant lieu à une harmonie céleste (συμφωνία). Cependant, cette harmonie passe souvent inaperçue, car nous y sommes habitués depuis notre naissance. Il n’existe aucune preuve que Pythagore ait conçu un développement cyclique des choses ni la disparition périodique du Cosmos selon une apocatastase.
3. Anthropologie
L’anthropologie pythagoricienne postule que l’être humain est composé de deux parties distinctes : le corps, formé d’éléments matériels, et l’âme, d’origine céleste. Les âmes sont des particules détachées du pneuma infini qui errent dans l’atmosphère avant de s’incarner dans les corps par la respiration. Selon Aristote, les pythagoriciens pensaient que les grains de poussière visibles dans l’air, éclairés par le soleil, étaient des âmes en mouvement.
L’âme est également considérée comme un nombre, à l’image de toutes les autres choses. Pythagore semble lui attribuer la forme d’un carré (τετράγωνον μημή), tandis qu’Archytas la conçoit comme sphérique. La définition de l’âme comme « un nombre qui se meut lui-même », qui implique la liberté, est probablement d’origine postérieure. De même, la conception matérialiste de l’âme comme un mélange (krasis) d’éléments corporels, comparable à l’harmonie d’une lyre, est difficilement conciliable avec les doctrines de l’immortalité et de la transmigration.
L’âme, principe moteur (ξύσμα), remplit aussi une fonction réfrigérante (κατάψυξή), liée à la respiration cosmique. La croyance en la transmigration des âmes, partagée avec l’orphisme, est essentielle dans l’éthique pythagoricienne. Les âmes célestes qui mènent une vie vertueuse et accèdent à la purification retournent à leur état originel après la mort. Celles qui vivent mal se réincarnent indéfiniment dans des corps d’animaux ou de plantes jusqu’à leur purification. Pythagore affirmait avoir vécu diverses incarnations : Aithalide, fils d’Hermès ; le héros troyen Euphobe ; Hermotime de Clazomènes ; et Pyrrhus, un pêcheur de Délos. Un jour, entendant aboyer un chien, il s’arrêta, croyant reconnaître la voix d’un ami.
4. Éthique
La croyance en la préexistence des âmes et en la transmigration confère au pythagorisme une portée éthique, visant la purification afin d’éviter les réincarnations.
Contrairement à l’orphisme, la purification s’obtient non seulement par des rituels et des pratiques ascétiques, mais aussi par la science et la musique.
La vie vertueuse suppose un effort pour instaurer l’harmonie à l’intérieur de l’être humain, le rapprochant de la contemplation de l’ordre cosmique et de la divinité.
Pythagore affirmait être venu dans le monde pour contempler le ciel.
La purification concerne le corps, qui doit suivre un régime végétarien et éviter certains aliments (comme la viande et les fèves), et l’âme, qui se purifie par la science (μαθήματα) et l’examen de conscience.
La musique joue un rôle cathartique essentiel pour apaiser les passions et élever l’âme, à travers des instruments comme la cithare et la lyre, tandis que la flûte est déconseillée pour son caractère plaintif.
Trois types de vie sont distingués :
Utilitaire : centrée sur les intérêts matériels (le vulgaire).
Éthique et théorétique : tournées vers la purification et le salut de l’âme (les philosophes).
Les symboles pythagoriciens et les Vers d’or (χρυσᾶ ἔπη), recueillis après le Ier siècle ap. J.-C., sont des aphorismes pratiques et énigmatiques, prônant l’abstinence, l’examen de conscience, la simplicité, la justice, le respect des parents et la résignation au destin.
5. Théologie
Le concept de divinité chez Pythagore est probablement proche de celui des Milesiens : un principe primordial indéterminé (τό θείον), d’où proviennent le Cosmos, les dieux et toutes choses.
On ne trouve pas encore l’idée d’un Dieu unique et transcendant, bien que la notion du Feu central (εστία του παντός) comme Dieu soit postérieure.
Il ne faut pas interpréter le pythagorisme comme un système émanatiste, dans lequel tous les êtres dériveraient de l’Un ou de la Monade par division
École pythagoricienne
La école pythagoricienne a prospéré entre les VIe et Ve siècles av. J.-C. Bien qu’elle ait été dissoute après la destruction de Crotone, certains pythagoriciens continuèrent leur enseignement à Rhégion (Calabre). La tradition pythagoricienne exerça une influence considérable, à travers plusieurs penseurs notables :
- Pythagore : Figure centrale de l’école. Son héritage s’est transmis par ses disciples, bien que son influence ait décliné au IVe siècle.
- Cercops : Défendait l’existence de 183 mondes disposés en triangle.
- Brontin de Métaponte : Époux de Théano, il contribua à la pensée pythagoricienne.
- Hippase de Métaponte : Exclu pour avoir révélé des secrets sur les grandeurs incommensurables. Il mourut noyé, considéré par les pythagoriciens comme un châtiment.
- Califron de Cnide : Médecin qui rejoignit l’école pythagoricienne.
- Parménisque de Métaponte : Connu pour son voyage dans l’antre de Trophonios.
- Épicharme de Syracuse : Disciple « exotérique » de Pythagore et dramaturge.
Autres figures marquantes :
- Alcméon de Crotone : Médecin réputé pour ses recherches en physiologie et en dissection.
- Iccos : Gymnaste et médecin célèbre pour sa sobriété.
- Paron : Critique du temps et de la sagesse.
- Améinias : Maître de Parménide.
- Ménestor de Sybaris : Botaniste qui appliqua la théorie des « opposés » aux plantes.
Philolaos de Tarente
- Disciple de Pythagore et maître de nombreux philosophes. Il rédigea des traités sur les doctrines pythagoriciennes, introduisant un symbolisme mystique des nombres.
Archytas de Tarente (400-365 av. J.-C.)
- Grand ami de Platon et éminent gouverneur. Il joua un rôle majeur dans la renaissance pythagoricienne en appliquant les mathématiques à la musique et aux autres sciences.
Autres pythagoriciens notables
- Ocellus de Leucanie : Auteur de traités sur la nature du Tout.
- Timée de Locres : Mentionné par Platon dans le dialogue qui porte son nom.
- Hicétas de Syracuse : Assimilait l’Anti-Terre à la Lune.
- Écfante de Syracuse : Autre penseur important du pythagorisme.
Cercle pythagoricien de Phlionte
Au début du IVe siècle, un groupe de disciples de Philolaos et d’Eurytos, dont Échécrate, forma un cercle pythagoricien à Phlionte, qui exerça une influence durable sur l’évolution de la pensée pythagoricienne.
L’Association pythagoricienne
- L’existence de l’association est attestée, bien que les informations sur son organisation soient tardives et qu’il soit difficile de démêler le mythe de la réalité historique.
- Son caractère était essentiellement éthique, orienté vers la purification et le salut, à l’image des thiases orphiques.
- L’admission de nouveaux membres exigeait des épreuves rigoureuses, bien que la division des disciples en trois catégories (auditeurs, mathématiciens et physiciens) ne soit peut-être pas d’origine ancienne.
- Auditeurs : ils ne pouvaient pas voir le maître, seulement l’écouter.
- Mathématiciens : ils avaient le droit de voir le maître et de lui poser des questions.
- Physiciens : c’était la catégorie supérieure, centrée sur l’étude de la physique, de l’astronomie, des mathématiques, de la médecine et de la musique, considérées comme des moyens de purification morale.
- Ils pratiquaient la gymnastique et la divination (mantis), et le nom du maître était tenu pour sacré.
- Aucune preuve ne suggère une vie excessivement austère, une communauté de biens ou le célibat.
- Le secret de l’école était jalousement gardé, bien que de nombreuses doctrines pythagoriciennes aient été connues et critiquées par leurs contemporains.
Importance du Pythagorisme
- Le pythagorisme exerce une influence profonde sur l’évolution de la philosophie grecque.
- Réactions polémiques : les critiques de philosophes comme Xénophane, Héraclite, Parménide ou Zénon obligent les pythagoriciens à clarifier leurs concepts et à affiner leurs arguments.
- Influence positive : il introduit de nombreux éléments qui seront adoptés et transformés par des penseurs ultérieurs.
- Son matématisme élève l’étude scientifique au-delà de la simple application pratique, dépassant le matérialisme et l’empirisme des Milésiens.
- Concernant le problème de l’être, il cherche à réconcilier l’unité et la pluralité, tout en affirmant la réalité du mouvement tel que perçu par les sens.
- Leur concept de respiration cosmique — un être plein traversé par le vide — est jugé naïf ou ridicule, et laisse le champ libre aux critiques des Éléates, bien qu’il soit repris par les atomistes.
- L’opposition des contraires et leur réconciliation dans une harmonie influencera des penseurs comme Héraclite ou Empédocle, qui intégreront cette idée dans une vision ordonnée du monde (kosmos) régi par une loi universelle.
- Le modèle éthico-philosophique pythagoricien — une vie théorétique vouée à la purification de l’âme par la science et la musique, fondée sur la croyance en l’immortalité de l’âme et en des sanctions posthumes — marquera profondément la pensée de Platon.












