Philosophie première

La Philosophie Première, ou Métaphysique, est l’un des domaines les plus profonds et complexes de la pensée aristotélicienne. Dans son œuvre Métaphysique, Aristote aborde des questions fondamentales sur la réalité, l’être, la substance et la causalité. Pour Aristote, la Philosophie Première cherche à comprendre les principes les plus fondamentaux de l’existence, lesquels ne dépendent d’aucune autre science et sont universels. Cette œuvre est cruciale tant pour la métaphysique que pour le développement de l’épistémologie et de l’ontologie, car elle établit les bases des interrogations sur ce qui existe et sur les raisons de cette existence telle qu’elle est.

Développement :

  1. La notion d’« être » et la distinction entre ce qui « est » et ce qui « n’est pas »

Le point de départ de la Métaphysique est la question de l’être, qu’Aristote définit comme ce qui a la capacité d’exister de manière indépendante. Pour lui, « être » est le terme le plus général et fondamental de tous, et dans son œuvre, il se propose d’éclairer les différentes acceptions de l’être. Aristote établit que l’être peut être compris en plusieurs sens, et il est essentiel de reconnaître comment l’être se manifeste sous différentes formes, comme l’être substantiel, accidentel, possible ou nécessaire.

Un aspect clé est sa critique de la notion platonicienne des Idées. Aristote soutient que les Idées ne peuvent être la cause ultime de l’être, car l’être est ce qui existe de manière concrète, tandis que les Idées ne sont que des représentations abstraites. Selon Aristote, l’être n’est pas une simple abstraction, mais quelque chose qui possède une existence concrète dans le monde.

  1. La substance comme principe de la réalité

Aristote définit la substance comme ce qui existe par soi-même, indépendamment des autres êtres. Pour lui, les substances sont le fondement ultime de la réalité, et tout le reste (accidents, qualités, etc.) en dépend. Les substances sont la combinaison de forme et de matière. La matière est le principe de potentialité, tandis que la forme est le principe d’actualisation. De cette manière, Aristote rompt avec la conception platonicienne d’un monde d’Idées immatérielles et établit une conception plus concrète et empirique de la réalité.

Dans la Métaphysique, Aristote introduit également la distinction entre différents types de substance : la substance première (les individus concrets) et la substance seconde (les espèces ou genres). Cette distinction est essentielle pour comprendre son ontologie, puisqu’elle indique que les substances premières sont celles qui existent réellement dans le monde, tandis que les substances secondes sont les catégories ou classes dans lesquelles nous classons ces substances.

  1. La causalité aristotélicienne

L’un des piliers de la Métaphysique est la théorie des quatre causes, qu’Aristote utilise pour expliquer le processus du changement et l’existence des êtres. Les quatre causes sont : la cause matérielle (de quoi quelque chose est fait), la cause formelle (la forme ou structure de quelque chose), la cause efficiente (la source du changement ou du mouvement), et la cause finale (le but ou la fin de quelque chose). Cette conception causale est fondamentale dans la Métaphysique, car Aristote affirme que pour comprendre tout phénomène dans le monde, il faut identifier les quatre causes qui expliquent son existence.

Un exemple classique de cette théorie est l’explication de la construction d’une maison : la cause matérielle est la brique, la cause formelle est le plan architectural, la cause efficiente est l’architecte ou les ouvriers, et la cause finale est le but d’avoir un lieu où vivre. Cette approche est plus complète que l’explication unique par la cause efficiente que propose la physique moderne, ce qui la rend pertinente encore aujourd’hui, bien qu’avec certaines limites.

  1. L’« acte » et la « puissance » : le changement et la réalité

La distinction entre acte et puissance est fondamentale dans la métaphysique aristotélicienne. Aristote établit que tout être possède une dualité : il est ce qu’il est déjà (acte) et il est ce qu’il pourrait être (puissance). Le changement et le mouvement sont compris comme le passage de la puissance à l’acte. Par exemple, une graine a la puissance de devenir un arbre, et à mesure qu’elle croît, elle réalise son acte de devenir arbre. Cette distinction permet d’expliquer comment les êtres naturels peuvent changer et se développer sans perdre leur identité essentielle.

Cette conception de l’acte et de la puissance a exercé une influence considérable, bien qu’elle n’ait pas échappé à la critique. Dans certains contextes, la distinction a été jugée quelque peu abstraite, notamment lorsqu’il s’agit de phénomènes qui ne se laissent pas aisément réduire à cette dichotomie du changement. Cependant, elle demeure un cadre utile pour aborder le développement et la potentialité des êtres naturels.

  1. La question du « premier moteur immobile »

Dans sa quête de la cause ultime du mouvement et du changement, Aristote introduit la notion de premier moteur immobile. Ce premier moteur est la cause finale et efficiente ultime, qui n’est soumise à aucun changement, mais qui met tout le reste en mouvement. Contrairement aux dieux des religions, qui sont des êtres personnels et dotés de volonté, le premier moteur immobile est pur acte, sans potentialité. Aristote le décrit comme un être éternel et nécessaire, qui, étant parfait, ne peut changer, mais est la cause du mouvement de l’univers.

Ce concept a servi de base à la notion de Dieu dans la philosophie médiévale et reste pertinent dans la réflexion philosophique et théologique, bien que l’idée d’un moteur immobile ait fait l’objet de débats au fil des siècles. Certains critiques y voient une abstraction qui ne rend pas pleinement compte de la complexité du changement et de la causalité dans le monde naturel.

Conclusion :

La Philosophie Première d’Aristote constitue un pilier fondamental de la pensée occidentale, offrant un cadre théorique qui a profondément influencé tant la philosophie que les sciences. Son approche de l’être, de la substance, de la causalité et de la distinction entre acte et puissance demeure une référence incontournable. Toutefois, certains aspects de sa métaphysique, tels que le concept de cause finale ou celui de premier moteur immobile, peuvent sembler ambigus ou difficiles à appliquer à la réflexion contemporaine. En dépit de cela, sa contribution à la pensée sur la réalité et ses principes reste incontournable pour toute étude philosophique.

Bibliographie :

  1. Textes originaux :
    • Aristote, Métaphysique.
    • Aristote, Physique.
    • Aristote, Du ciel.
  2. Littérature critique secondaire :
    • Fraile, Guillermo, Histoire de la Philosophie I : Grèce et Rome.
    • Teresa Oñate y Zubía, La naissance de la philosophie en Grèce, Voyage aux origines de l’Occident.

Notion de Philosophie Première

La philosophie première, selon Aristote, est la science qui étudie l’être en tant qu’être. C’est la discipline la plus universelle, car elle ne s’occupe pas d’un type spécifique d’être, mais de l’essence même de l’existence. Son objet est l’être dans son sens le plus large, c’est-à-dire ce qui possède une existence de manière générale.
Exemple : Si l’on parle d’un rocher et d’un arbre, la philosophie première ne s’intéresse pas aux caractéristiques spécifiques de chacun, mais à ce que signifie « être » en général, en tant qu’existence même.

Objet de la Philosophie Première

L’objet de la philosophie première est l’étude des causes et des principes de l’être. Aristote la définit comme l’investigation de ce qui est, indépendamment des changements particuliers ou des limites des sciences particulières. Son but est d’atteindre une connaissance absolue de la nature de l’être.
Exemple : Dans la discussion sur l’être, on peut poser la question de pourquoi quelque chose existe en premier lieu, et non simplement comment ou dans quelles conditions les choses particulières existent.

Essence

L’essence est la caractéristique fondamentale qui définit quelque chose comme ce qu’il est, ce qui permet de l’identifier comme un être particulier. C’est ce qui ne peut être séparé de l’être d’un objet. Aristote considère que comprendre l’essence de quelque chose, c’est en saisir le cœur, au-delà de ses accidents ou de ses attributs changeants.
Exemple : L’essence d’une table ne se réduit pas à sa forme physique ou à sa couleur, mais réside dans sa fonction de support.

L’Analogie

Dans la philosophie aristotélicienne, l’analogie désigne le rapport proportionnel pouvant exister entre différents modes d’être. Aristote utilise l’analogie pour expliquer comment certaines propriétés ou relations peuvent se dire de manière semblable, sans être identiques, à propos de choses différentes. Cela permet une connaissance plus large et plus souple des êtres.
Exemple : Si l’on dit qu’un médecin « guérit » une personne et qu’une mère « guérit » son enfant, on utilise une analogie : la guérison n’est pas identique dans les deux cas, mais il existe une relation de soin ou de restauration dans les deux contextes.

Propriétés de l’Être

Les propriétés de l’être incluent les caractéristiques qui découlent de l’essence des êtres. Parmi elles, on distingue l’unité, la vérité, la permanence et la divisibilité, qui sont des propriétés fondamentales applicables à tout être, mais selon des degrés et des modalités différents selon leur nature.
Exemple : La propriété de l’unité se réfère à la capacité d’un être à être un, indivisible, comme une pierre ; tandis que la divisibilité se constate dans les êtres comme les liquides, qui peuvent être divisés en parties sans perdre leur essence.

Les Modes de l’Être

Aristote distingue plusieurs modes d’être, comme l’être substantiel, qui est l’être dans sa forme la plus complète, et l’être accidentel, qui se rapporte aux attributs pouvant changer sans que l’être cesse d’être ce qu’il est. Ces modes permettent de comprendre les diverses manières dont un être peut exister.
Exemple : Un arbre possède un être substantiel car c’est un être indépendant doté de sa propre existence. La couleur de ses feuilles est un être accidentel, car elle peut changer sans que l’arbre cesse d’être un arbre.

Acte et Puissance

L’acte désigne ce qu’est une chose dans sa pleine réalisation, tandis que la puissance désigne ce qu’elle est en capacité ou en possibilité. Cette distinction est essentielle pour comprendre le changement et le mouvement dans le monde. Tout être possède un potentiel pour atteindre un état de perfection ou de complétude (acte), mais ce potentiel ne se réalise qu’avec le temps.
Exemple : Un embryon humain est en puissance d’être un adulte, mais c’est seulement à travers le développement et le temps qu’il se réalise en acte sous sa forme adulte.

Catégories

Les catégories sont une classification des différentes formes d’être ou des modes de prédication applicables aux êtres. Aristote en distingue dix, dont la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, entre autres. Ces catégories sont fondamentales pour l’analyse logique et ontologique.
Exemple : Dans la phrase « Le grand chien court rapidement », la substance est le chien, la quantité est « grand », l’action est « court », et la relation pourrait être « rapidement ».

Substance

La substance est l’être qui subsiste par lui-même, c’est-à-dire qui n’a pas besoin d’un autre pour exister. Aristote identifie la substance comme ce qui possède une existence autonome, et tout le reste (les accidents) dépend de la substance pour être dit d’elle.
Exemple : Un arbre est une substance car il existe par lui-même, tandis que la couleur de ses feuilles est un accident qui dépend de l’arbre pour exister.

Accidents

Les accidents sont les attributs ou propriétés qui n’affectent pas l’essence d’un être. Ils peuvent varier sans changer l’identité de l’être, comme la couleur, la taille ou la position. Ce sont des caractéristiques secondaires qui ne définissent pas ce qu’est un être dans sa profondeur.
Exemple : La taille d’une personne est un accident, car elle peut changer (grandir ou rétrécir) sans affecter son identité essentielle comme être humain.

Postprédicat

Le postprédicat désigne ce qu’on dit d’un sujet après avoir affirmé quelque chose à son propos. Les accidents sont des exemples de ce qui peut être prédiqué dans un postprédicat. Il s’agit de caractéristiques ajoutées à l’être, mais qui ne sont pas essentielles à son existence.
Exemple : Si l’on affirme que « Jean est grand », on décrit un accident (la taille) qui appartient à Jean, mais ne constitue pas son essence.

Les Causes

Aristote soutient que tout changement ou mouvement possède quatre causes :

  1. Cause matérielle : La matière dont quelque chose est fait.
  2. Cause formelle : La forme ou la structure qui définit une chose.
  3. Cause efficiente : L’agent qui produit le changement.
  4. Cause finale : Le but ou la fin pour laquelle quelque chose est ou advient.
    Exemple : Pour comprendre un tableau :
  • La cause matérielle est la peinture et la toile.
  • La cause formelle est la composition visuelle du tableau.
  • La cause efficiente est le peintre qui le crée.
  • La cause finale est le but de transmettre une idée ou une émotion.

Le Premier Principe

Le premier principe, selon Aristote, est le principe de non-contradiction : un être ne peut pas être et ne pas être en même temps et sous le même rapport. Ce principe est fondamental pour la logique et la métaphysique, car il constitue la base de tout raisonnement cohérent.
Exemple : Si l’on affirme que « cet objet est une chaise » et que l’on dit aussi « cet objet n’est pas une chaise », on tombe dans une contradiction qui rend impossible tout raisonnement valable.

Physique

L’Être Mobile

Aristote considère que l’être mobile est celui qui est en changement ou en mouvement constant. Contrairement à d’autres philosophes comme Parménide, qui niaient la réalité du changement, Aristote affirme que le changement fait partie intégrante de la réalité, et que la physique étudie les principes et les causes de ce changement.
Exemple : Un exemple quotidien d’être mobile est une pomme qui tombe au sol. Son mouvement fait partie du changement naturel dans le monde physique.

Le Lieu

Le lieu (ou espace) est le milieu dans lequel les êtres se trouvent. Aristote le conçoit comme l’espace vide entouré par les parties des corps qui le contiennent. Le lieu n’est pas un vide en soi, mais une condition du mouvement et du repos des êtres.
Exemple : Le lieu où se trouve un ballon de basket n’est pas seulement un espace vide, mais il est défini par le ballon et ses interactions avec les surfaces qui le contiennent.

Le Temps

Le temps est considéré par Aristote comme la mesure du mouvement selon l’avant et l’après. Le temps n’existe pas indépendamment, mais dépend des événements qui se produisent dans le monde. C’est un continuum dans lequel le changement est vécu, et sa compréhension est essentielle à la physique.
Exemple : Le temps se mesure par le mouvement des objets, comme la rotation de la Terre, ce qui nous donne la notion de jours et de nuits.

Les Substances du Monde Terrestre

Le monde terrestre est composé d’une variété de substances, chacune avec ses caractéristiques propres. Ces substances peuvent être classées en :

  1. Éléments : L’eau, l’air, la terre et le feu sont les éléments fondamentaux du monde.
  2. Mélangés : Composés de combinaisons de ces éléments, ils varient dans leurs propriétés.
    Exemple : L’eau est un élément en soi, mais un nuage est un mélangé, puisqu’il est formé d’eau sous forme de vapeur et d’autres particules en suspension dans l’air.

Les Principes : La Matière, la Forme et le Composé

Aristote soutient que tout être est composé de matière (le principe passif) et de forme (le principe actif). Le composé est l’unité de matière et de forme, qui constitue les objets concrets existant dans le monde.
Exemple : Un bloc d’argile (matière) prend la forme d’une sculpture (forme) lorsqu’un sculpteur la modèle.

Les Éléments

Les éléments (eau, air, terre, feu) sont les composants de base qui, combinés en différentes proportions, donnent naissance aux différents corps du monde. Chaque élément possède des qualités particulières, comme l’humidité, la sécheresse, la chaleur ou le froid.
Exemple : Le feu est l’élément caractérisé par sa chaleur et sa sécheresse, tandis que l’eau a des qualités froides et humides.

Les Mélangés

Les mélangés sont des substances issues de la combinaison des éléments. Ces composés peuvent avoir des propriétés nouvelles, absentes des éléments pris isolément, et représentent le monde sensible tel que nous l’expérimentons.
Exemple : Une pierre est un mélangé d’éléments comme la terre et l’eau, avec des propriétés qui ne se réduisent pas à celles des éléments séparés.

La Génération et la Corruption

La génération et la corruption sont des processus fondamentaux dans la physique aristotélicienne. La génération est le processus par lequel une chose vient à l’être, tandis que la corruption est le processus par lequel elle cesse d’être ce qu’elle était originellement.
Exemple : Lorsqu’une graine devient une plante, nous assistons à un processus de génération. Si la plante meurt et se décompose, nous assistons à un processus de corruption.

La Substance Individuelle

Dans la philosophie d’Aristote, la substance individuelle est l’entité qui existe par elle-même, de manière indépendante. C’est l’être particulier, comme une personne, un animal, une plante ou un objet physique, qui a une existence propre. Les substances individuelles constituent la réalité concrète et sont composées de matière et de forme.

  • Matière : La substance en puissance, ce qui est capable de recevoir une forme.
  • Forme : La substance en acte, c’est-à-dire la structure ou définition qui donne son identité à la substance.

Par exemple, un arbre est une substance individuelle parce qu’il a une existence propre ; il ne dépend pas d’autre chose pour être ce qu’il est.

Le Mouvement

D’autre part, le mouvement (chez Aristote) n’est pas une substance, mais un processus de changement qui peut survenir dans les substances. Aristote définit le mouvement comme le changement de lieu ou la modification des qualités d’une substance. Le mouvement est ce qui permet à une substance de passer d’une potentialité à un acte.

Le mouvement est donc compris comme une transition ou un changement de l’être, que ce soit en termes de localisation (translation), de qualités (altération) ou de composition (génération et corruption).

Différence clé :

  • La substance individuelle est une entité statique dans son existence (même si elle peut posséder plusieurs qualités changeantes).
  • Le mouvement est un processus qui décrit comment cette substance change dans certaines de ses qualités ou dans sa localisation.

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