ℹ️ Article à lire avec discernement 🔷➤ Découvrir la méthode d’élaboration
La réalité chez Aristote
1. Attitude d’Aristote
a) Contre le monisme de Parménide
Aristote s’oppose à la conception de Parménide, selon laquelle la réalité est une substance unique et immuable. Pour Parménide, le changement est une illusion, car seul « l’un » existe. Aristote rejette cette idée, affirmant que le changement et la multiplicité sont réels. La réalité est constituée d’êtres qui changent et se développent ; ainsi, la notion d’unité absolue est insuffisante pour comprendre la nature des choses.
b) Contre le mobilisme d’Héraclite
Héraclite affirme que « tout coule », c’est-à-dire que tout est en changement perpétuel. Aristote, tout en reconnaissant le changement comme un aspect fondamental de la réalité, critique le radicalisme d’Héraclite. Pour Aristote, le changement n’est pas la seule réalité ; il existe une réalité stable sous-jacente. Ce principe sous-jacent est ce qu’Aristote appelle la substance, c’est-à-dire ce qui demeure constant tandis que les accidents ou caractéristiques varient.
c) Contre le pluralisme idéaliste de Platon
Aristote s’oppose également à la théorie des Idées de Platon. Celui-ci postule que les Idées sont des entités parfaites et universelles qui existent dans un monde abstrait, distinct du monde sensible. Aristote critique cette conception, affirmant que la réalité ne peut être divisée en deux mondes (celui des Idées et celui des choses sensibles). Selon lui, les essences des êtres résident dans les choses elles-mêmes, et non dans un monde séparé. Ainsi, la réalité est concrète et non idéaliste.
2. L’idée d’ordre et de hiérarchie dans le système aristotélicien
a) Considérés du point de vue de l’acte et de la puissance
Aristote introduit la distinction entre acte et puissance pour comprendre le changement. La puissance est la capacité à devenir quelque chose, tandis que l’acte est la réalisation de cette capacité. Tout être possède une potentialité qui se réalise dans l’acte. La hiérarchie dans le système aristotélicien s’organise selon la manière dont les entités passent de la puissance à l’acte. Les êtres plus complexes, comme l’homme, ont une plus grande capacité de réalisation, ce qui leur confère une position plus élevée dans la hiérarchie de la réalité.
b) Un concept identique résulte de leur considération selon la forme et la matière
Aristote explique également la réalité par la dualité forme-matière. La matière est la potentialité d’un être, et la forme est ce qui fait qu’un être est ce qu’il est. La hiérarchie dans la nature peut se comprendre par la manière plus ou moins complexe dont la matière et la forme se combinent. Les êtres simples ont une matière plus élémentaire et une forme moins développée, tandis que les êtres plus complexes (comme l’homme) ont des formes plus élevées qui actualisent leur potentialité.
c) Du point de vue du mouvement
Le mouvement est un concept clé dans la philosophie d’Aristote, non seulement au sens physique du déplacement, mais aussi dans un sens plus large qui englobe les changements de qualité, de quantité et de lieu. Aristote considère que tout ce qui se meut le fait sous l’action d’une cause, et dans son système, le mouvement possède une hiérarchie selon la complexité de l’être. Plus un être est capable de mouvement et de transformation, plus il occupe une place élevée dans cette hiérarchie.
d) Du point de vue de la finalité
Aristote introduit le concept de téléologie, selon lequel tout dans la nature a une fin ou un but. La hiérarchie du cosmos, selon Aristote, s’organise des êtres les plus simples aux plus complexes selon leur finalité. Les êtres complexes, comme les humains, ont une finalité plus élevée, orientée vers la raison et la contemplation, ce qui constitue la fin la plus noble.
3. Le Monde Physique Terrestre
a) Les non-vivants
- Principes (matière et forme) : Les êtres non vivants sont constitués de matière (ce qui peut être potentiellement) et de forme (la structure qui actualise cette matière).
- Éléments (eau, air, terre, feu) : Aristote considère que les quatre éléments de base se combinent pour former toutes les substances non vivantes.
- Mélanges (en nombre indéfini) : Ces éléments se combinent pour produire une multiplicité de substances matérielles.
b) Les vivants
- Végétaux : Les êtres végétaux ont une forme végétative qui leur permet de se nourrir et de croître.
- Animaux : Les animaux possèdent une forme sensitive, qui leur permet de percevoir le monde par les sens.
- Homme : L’être humain possède une forme rationnelle, qui lui permet de raisonner et de rechercher la vérité.
4. Le Monde Physique Céleste
Aristote soutient que le monde céleste est différent du monde terrestre. Dans le ciel, les étoiles et les planètes sont des sphères parfaites et éternelles, mues par un moteur immobile (Dieu). Ce monde céleste est hors de l’emprise de la corruption et du changement, contrairement au monde physique terrestre.
5. Substance Divine Supracéleste
La substance divine, ou premier moteur immobile, est la cause ultime de tout mouvement et changement dans l’univers. Elle est pure action (acte) sans puissance, parfaitement parfaite et éternelle. Aristote identifie cette substance divine avec le Dieu de son système philosophique, qui est le principe final de l’ordre cosmique.
La science
La Science chez Aristote
1. La Connaissance Scientifique
Aristote conçoit la science comme une connaissance qui cherche à expliquer les causes et les principes de la réalité. Pour lui, la connaissance scientifique ne repose pas uniquement sur l’expérience immédiate, mais vise à connaître les essences universelles qui sous-tendent les phénomènes. Ce type de savoir est structuré de manière logique et systématique, orienté vers une compréhension profonde du monde.
2. Propriétés de la Connaissance Scientifique
La connaissance scientifique possède, selon Aristote, plusieurs propriétés essentielles :
- Universalité : La connaissance scientifique cherche à connaître l’universel, c’est-à-dire les caractéristiques qui s’appliquent à tous les membres d’une catégorie.
- Nécessité : La science s’occupe de ce qui est nécessaire, de ce qui ne peut être autrement, par opposition au contingent.
- Certaine : La science produit un savoir sûr et solide, éloigné de l’incertitude ou de l’erreur.
- Démontrabilité : La connaissance scientifique repose sur des démonstrations logiques qui permettent de tirer des vérités nécessaires.
3. Formation du Concept Universel
a) Induction
Aristote décrit comment se forme la connaissance universelle à travers un processus inductif, dans lequel on passe de l’observation particulière à la formulation d’un concept universel. Ce processus comprend plusieurs étapes :
- Sensation : Il s’agit du premier contact avec la réalité, par le biais des sens. La sensation nous permet de percevoir les qualités du monde extérieur.
- Mémoire : La mémoire conserve les images des sensations passées, ce qui nous permet de nous souvenir et d’apprendre à partir des expériences antérieures.
- Expérience : Par la répétition des perceptions et la mémoire, naît l’expérience, qui nous permet de reconnaître des schémas et des relations entre les objets perçus.
- Le Concept Universel : À partir de l’expérience, l’esprit génère des concepts universels qui ne se limitent pas au particulier, mais expriment l’essence commune d’un groupe d’objets ou de phénomènes. C’est l’étape décisive de l’induction, car elle permet la généralisation et la connaissance des lois universelles qui régissent la nature.
- Art : L’art désigne ici l’habileté à appliquer les connaissances acquises de manière pratique, selon les principes généraux et universels que fournit la science.
- Science :
- D’unification : La science cherche à unifier les savoirs dispersés, en intégrant différentes disciplines dans un système cohérent et ordonné.
- De stabilisation : La science a également pour fonction de stabiliser les connaissances, afin qu’elles restent solides et constantes dans le temps.
- De dématérialisation : Enfin, la science vise à abstraire les qualités matérielles des phénomènes pour comprendre leurs principes immatériels, les essences qui se cachent derrière les phénomènes observables.
b) Illumination de l’Entendement Agent
L’entendement agent est une faculté de l’esprit humain qui, selon Aristote, éclaire l’intelligence en offrant une clarté sur les concepts et les principes universels. Il s’agit du pouvoir actif de l’intellect qui permet de transformer les expériences sensibles en connaissance intellectuelle. Ce processus est fondamental pour la science, car c’est lui qui convertit les perceptions individuelles en savoirs universels et nécessaires.
4. Division des Sciences
Aristote classe les sciences en différentes branches, selon leur objet d’étude et leur méthode :
- Sciences Théoriques : Celles qui cherchent à connaître la vérité pour elle-même et à contempler les essences universelles. Elles incluent la philosophie première (métaphysique), qui étudie l’être en tant qu’être, et les sciences naturelles (physique, biologie), qui étudient le monde sensible.
- Sciences Pratiques : Elles se concentrent sur l’action et l’éthique, en cherchant à guider la conduite humaine vers le bien. Ces sciences comprennent l’éthique et la politique, qui traitent de la manière de bien vivre et d’organiser la société.
- Sciences Productives : Celles qui se consacrent à la création et à la technique, comme la poétique et les arts. Elles portent sur la fabrication des choses et la production de biens, guidées par des principes pratiques et esthétiques.












